Benjamin Premier Abboud parle de l’histoire théologique de l’infaillibilité pontificale

Mes bien-aimés,

Nous continuons notre recherche sur l’histoire théologique de l’infaillibilité pontificale.

Le dogme catholique fonde la légitimité de l’autorité apostolique de l’évêque de Rome dans l’interprétation théologique d’un certain nombre de passages des Évangiles — les Écritures —, d’où découlerait le dogme théologique de son infaillibilité, à savoir que différents versets affirment la primauté de l’apôtre Pierre, celle-ci suppose l’infaillibilité — que les autres Apôtres partagent mais ne transmettent pas —, sinon la primauté serait vaine :

« Jésus, l’ayant regardé, dit : Tu es Simon, fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas (ce qui signifie Pierre) » ;

« Voici les douze qu’il établit : Simon, qu’il nomma Pierre ;… » ;

« Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle » ;

« Jésus lui dit : Pais mes brebis (ou agneaux). » (déclaré trois fois) ;

« Celui qui vous écoute m’écoute, et celui qui vous rejette me rejette ; et celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé. » ;

« Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères » ;

« Car il a paru bon au Saint Esprit et à nous de ne vous imposer d’autre charge que ce qui est nécessaire, … » (les Apôtres parlent avec la voix du Saint Esprit) ;

« Voici les noms des douze apôtres. Le premier, Simon appelé Pierre,… » (Pierre est le premier).

L’épisode du Grand Schisme d’Occident, au tournant des XIVÈME et XVÈME siècles, où deux puis trois papes se disputèrent l’autorité suprême en s’accusant mutuellement d’hérésie et en s’excommuniant à tour de rôle, fut l’occasion de réaffirmer la supériorité du concile sur le pape lors du Concile de Constance.

Marsile de Padoue et Guillaume d’Occam comptèrent parmi les théoriciens du conciliarisme.

L’Église considère cette opinion, participant au gallicanisme, comme hétérodoxe.

Pie IX (1792–1878).

La définition de l’infaillibilité pontificale comme un dogme de l’Église catholique, voulue par le pape Pie IX, a été décidée au cours de la quatrième et dernière session du concile Vatican I à la suite de vigoureux débats.

La définition fut finalement votée à l’unanimité moins deux voix contre, à la faveur du départ précipité des évêques français et allemands, soit en raison du contexte diplomatique (la guerre franco-prussienne étant sur le point d’éclater), soit préférant s’abstenir et quitter Rome plutôt que de voter non. Lors des séances préparatoires, une grande partie des évêques français (notamment Mgr Dupanloup), allemands et suisses s’étaient prononcés contre cette définition.

La correspondance du futur cardinal Newman semble indiquer son opposition initiale et son ralliement final. Beaucoup d’opposants se sont soumis à la décision du pape, à la suite de la définition.

Après de longues confrontations et discussions théologiques, le 13 juillet 1870 encore, un quart de l’assemblée exprime son désaccord.

Les tractations reprennent, des précisions sont apportées, mais sans se rallier pourtant à l’ensemble de la minorité.

Le 18 juillet 1870, le concile, par les voix de 533 des 535 pères présents, affirme la primauté universelle du pape et définit le dogme de l’infaillibilité pontificale.

Cette infaillibilité est strictement et précisément délimitée au cas où le pape se prononce ex cathedra.

Les deux Pères qui avaient voté non et ceux qui s’étaient abstenus se rallient alors, après la ratification par le pape du vote du concile.

Le monde catholique suivit dans son ensemble, à l’exception de quelques-uns dont le plus fameux fut l’historien et théologien Ignaz von Döllinger.

Voici la conclusion du quatrième chapitre de sa constitution dogmatique sur l’Église Pastor Æternus, promulguée solennellement par Pie IX en 1870 :

« […] nous enseignons et proclamons comme un dogme révélé de Dieu :
Le pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine, en matière de foi ou de morale, doit être admise par toute l’Église, jouit par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue l’Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi ou la morale. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables de par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église.
Si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition qu’il soit anathème. »

Schisme vieux-catholique ou Église vieille-catholique.

Un certain nombre de fidèles catholiques, notamment en Allemagne, Suisse ou Hollande, ont refusé les conclusions du concile de Vatican I et notamment la proclamation du dogme de l’infaillibilité.

L’archevêque « vieil-épiscopal » d’Utrecht, dont la position est issue d’un schisme antérieur, Mgr Loos, s’associe au mouvement et l’aide à se structurer.

L’acte fondateur de la nouvelle église est la Déclaration d’Utrecht adoptée en 1889 déjà évoquée dans la précédente conférence.

Sa Sainteté Benjamin Premier Abboud parle de la perception contemporaine de l’Inquisition et de la lutte contre les hérésies

Mes bien-aimés,

Nous parlons aujourd’hui de la perception contemporaine de l’Inquisition et de la lutte contre les hérésies dans l’Empire romain.

La très grande majorité des publications contemporaines qui n’émanent pas de spécialistes de l’histoire véhiculent une représentation de l’Inquisition uniforme et très négative, reproduisant des images stéréotypées, telles que :

1) des scènes de torture sadique,

2) des conditions d’emprisonnement inhumaines,

3) des inquisiteurs en plein délire fanatique prenant plaisir à condamner à mort des innocents et,

4) des flammes d’un bûcher dressé sous un ciel d’orage, d’où le condamné lance une dernière malédiction.

Sur le plan sémantique, les mots de la famille « Inquisition », « inquisitorial », etc. sont passés dans le langage courant avec une connotation très négative, et l’idée générale de quelqu’un qui fait subir un interrogatoire en règle sans en avoir le droit moral.

Cette image de l’Inquisition n’est pas uniquement le fruit de la propagande négative diffusée par les opposants de l’Église catholique et des pays qui y étaient alliés : elle repose sur la mémoire de faits historiques.

Ceux-ci ne représentent qu’une proportion mineure de l’activité de ces institutions.

Pour les normes sociales et éthiques contemporaines, ils restent extrêmement choquants, alors même qu’ils n’étaient pas exceptionnels pour leur époque, où la pratique de la torture restait chose courante pour obtenir des aveux.

L’usage de la violence pour terroriser les populations a davantage été une méthode imposée par les monarques pour contrôler et unifier leur territoire, et ainsi donner naissance à l’État moderne, qu’une spécificité de l’Inquisition au sein de son époque.

Pour Mgr Claude Dagens « l’Inquisition fait partie, avec les Croisades, les guerres de religion et les pratiques d’exclusion à l’égard de certaines personnes (notamment les Juifs), de la mémoire sombre de l’Église. Il n’est donc pas question de se refuser à des démarches de repentance. Il constate néanmoins que cette mémoire sombre entraîne une perte de visibilité de l’Église, et qu’elle se traduit aujourd’hui par une certaine indifférence religieuse. Les chrétiens doivent y faire face à partir d’une culture historique plus solide. Il ne faut pas que des épisodes négatifs du passé s’imposent dans le présent d’une manière fantasmatique. Le travail de la mémoire n’est pas fait pour aggraver une culpabilité collective, mais pour libérer la conscience sous le regard de Dieu et pour aller de l’avant. » (cf. Mgr Claude Dagens, Entre épreuves et renouveaux, la passion de l’évangile, indifférence religieuse visibilité de l’Église et évangélisation, Bayard / Cerf / Fleurus-Mame, p. 79-80.)

Les lois mémorielles — par exemple loi Gayssot — présentent la difficulté d’être dans une dynamique d’inquisition : la puissance publique y reçoit la mission d’interdire des opinions par un arsenal juridique. Ces lois font objet de débats réguliers.

Lutte contre les hérésies dans l’Empire romain

Dans des épîtres pastorales écrites par des disciples de Paul de Tarse au Ier et IIÈME siècle apparaissent les premières divisions et querelles au sein des communautés chrétiennes primitives (Tit 3 :10, 1Tim 1 :20).

Au IIÈME siècle : Irénée de Lyon rédige « Réfutation de la prétendue gnose » ou « Contre les hérésies », qui est à la fois un manuel de vie chrétienne et informe sur les principales « déviances » de cette époque qui ne se nomment pas encore les hérésies.

En l’an 287 : l’empereur Dioclétien décrète la mise à mort des manichéens, les chefs seront brûlés vifs. Ce précédent dans le droit impérial justifiera par la suite qu’on brûle les hérétiques.

En l’an 313 : Constantin promulgue l’édit de Milan autorisant le christianisme dans l’Empire romain.

En l’an 385 : l’évêque Priscillien, dont les thèses sont condamnées au synode de Saragosse en 380, est exécuté par l’empereur Magnus Maximus auprès duquel il avait fait recours à Trèves. Ce « meurtre » suscite à l’époque le scandale et la protestation de nombreux évêques parmi lesquels Ambroise de Milan et l’évêque de Rome Sirice.

En l’an 407 : contre le donatisme, la loi romaine assimile l’hérésie à un crime de lèse-majesté. À la même époque, Augustin d’Hippone et Jean Chrysostome s’opposent à l’usage de la violence dans la lutte contre l’hérésie.

En l’an 556 : exécution de manichéens à Ravenne par la justice de l’Empire.

En l’an 1000 : expansion de l’hérésie manichéenne.

En l’an 1022 : en France, Robert le Pieux fait condamner 13 hérétiques à être brûlés vifs.

En l’an 1139 : concile de Latran II. Anathème contre les ennemis de la Foi. Les hérétiques doivent être punis.

En l’an 1148 : arrangement de Vérone entre le Pape et l’Empereur : les hérétiques doivent être jugés par l’Église avant d’être remis au bras séculier.

De l’an 1150 à 1200 : forte expansion de l’hérésie cathare. Répression de l’hérésie par la collaboration de l’autorité civile et de l’évêque du lieu (Flandres, France, etc.). Les hérétiques sont brûlés et leurs biens confisqués. Une trentaine d’hérétiques sont brûlés en Angleterre par Henri II (1166). À cette époque, Bernard de Clairvaux rappelle que la foi ne doit pas être imposée. À Cologne et Liège, à la même époque, la foule veut brûler des hérétiques cathares emprisonnés, contre l’avis de l’évêque qui s’interpose.

En l’an 1179 : IIIÈME concile du Latran ; anathème contre les cathares. Acceptation de principe de la croisade contre les albigeois, qui ne sera effectivement lancée que 30 ans plus tard. Interdiction est faite aux vaudois de prêcher.

En l’an 1199 : le pape Innocent III assimile l’hérésie au crime de lèse-majesté défini dans le droit romain hérité de l’Antiquité dans la bulle Vergentes in senium.

En l’an 1200 : promulgation de lois punissant de mort les hérétiques par l’empereur Frédéric II (1220), par Louis VIII en France (1226), par Raymond V de Toulouse (1229), Pierre II d’Aragon (1226), etc. Le bûcher devient la sanction usuelle contre les hérétiques.

En l’an 1205 : le pape Innocent III, dans sa bulle Si adversus vos, condamne ceux qui viennent à la défense des hérétiques, leur interdisant le secours d’un avocat et les témoins à décharge.

En l’an 1207 : le pape Innocent III fait prêcher la croisade contre les albigeois. Elle prendra fin par le traité de Paris (1229).

En l’an 1213 : la décrétale Licet Heli permet d’appliquer la procédure inquisitoire contre les hérésies. Elle sera complétée par la décrétale Per tuas litteras.

En l’an 1215 : IVÈME concile du Latran, qui reprend et met en ordre toutes les dispositions relatives à la procédure inquisitoriale.

En l’an 1231 : constitution Excommunicamus condamnant l’hérésie, excommunie les hérétiques, et officialisant les ordonnances du pouvoir temporel : la prison à vie pour les repentants, le bûcher pour les hérétiques récalcitrants.

À partir de 1231 : les premiers inquisiteurs sont désignés et missionnés par le Saint-Siège, qui fait des choix pour le moins malheureux. Le premier des inquisiteurs, Conrad de Marbourg, nommé en 1231, sera assassiné en 1233. En 1235, Robert le Bougre est nommé inquisiteur de France. L’Inquisition est confiée aux dominicains, mais cette fondation a lieu après la mort de leur fondateur, opposé à toute forme d’action autre que la prédication et la persuasion verbale.

En l’an 1232 : suivant l’avis de son confesseur Raymond de Peñafort, Jacques Ier d’Aragon demande l’instauration d’une Inquisition en Aragon.

Au mois d’avril 1233 : bulle IllÈME humani generis : la compétence contre les hérésies est retirée aux tribunaux ecclésiastiques quand un tribunal d’Inquisition existe.

En l’an 1234 : les tribunaux d’Inquisition sont installés à Toulouse et Carcassonne. Ils sont confiés aux dominicains.

En l’an 1237 : Raymond VII de Toulouse obtient la suspension de l’Inquisition dans ses États.

En l’an 1237 : à Carcassonne, répression particulièrement musclée par Ferrier, surnommé le marteau des hérétiques. Ce surnom sera plus tard donné à Torquemada et Antoine de Padoue.

En l’an 1239 : en Champagne, Robert le Bougre fait brûler 180 personnes au mont Aimé.

En l’an 1242 : premier manuel de l’Inquisition, élaboré par Raymond de Peñafort.

En l’an 1242 : deux inquisiteurs, Guillaume Arnaud et Étienne de Saint-Thibéry, sont assassinés à Avignonet.

En l’an 1244 : fin de l’hérésie à Montpellier, le tribunal de l’Inquisition y est supprimé.

En l’an 1246 : Innocent IV veut suivre de près et intervient dans le fonctionnement des tribunaux d’Inquisition, ce qui cause des frictions.

En l’an 1249 : sans passer par le tribunal de l’Inquisition, Raymond VII de Toulouse fait brûler quatre-vingts hérétiques en sa présence, sans leur permettre de se rétracter.

En l’an 1250 : l’Inquisition (inquisitio hereticæ pravitatis) est en place et fonctionne dans toute l’Europe occidentale.

En l’an 1252 : Pierre de Vérone, qui sera surnommé « Pierre Martyr », est assassiné en Italie. Il est canonisé un an plus tard.

En l’an 1252 : Innocent IV promulgue la bulle Ad extirpanda autorisant l’usage de la question dans les enquêtes de l’Inquisition. Cette autorisation est confirmée en 1259 (Alexandre IV) et 1262 (Clément IV), date à laquelle les inquisiteurs sont finalement autorisés à assister à la question.

En l’an 1254 : Innocent IV renouvelle l’interdiction faite aux autorités civiles d’emprisonner ou de brûler les hérétiques sans l’avis de l’évêque du lieu, interdiction souvent rappelée par la suite.

En l’an 1255 : Innocent IV prescrit l’usage des boni viri.

En l’an 1255 : les dominicains s’établissent à Toulouse.

En l’an 1261 : le témoignage des hérétiques et apostats est officiellement admis devant les tribunaux de l’Inquisition.

En l’an 1273 : Thomas d’Aquin dans la Somme théologique considère que la peine de mort peut être légitimement employée pour assurer le maintien de l’ordre public, y compris contre les hérésies.

En l’an 1278 : deux cents cathares sont brûlés à Vérone.

En l’an 1286 : plainte du consul de Carcassonne au roi de France sur la cruauté des inquisiteurs du lieu.

En l’an 1300 : procès et éradication des Guillelmites à Milan.

En l’an 1301 : Philippe IV le Bel prend prétexte des excès de l’Inquisition pour reprendre la main sur le fonctionnement de ces tribunaux.

En l’an 1306 : Clément V ordonne une enquête sur le fonctionnement de l’Inquisition dans le Sud de la France.

En l’an 1307 : les premiers templiers sont brûlés sur ordre de Philippe le Bel.

En l’an 1308 : Bernard Gui est nommé inquisiteur de Toulouse.

En l’an 1310 : Marguerite Porete, dite Marguerite des Prés est brûlée pour hérésie, femme de lettres, mystique et chrétienne du courant des béguines, née vers 1250, brûlée avec son livre Le Miroir des âmes simples et anéanties.

Du mois d’octobre 1311 jusqu’au mois de mai 1312, le concile de Vienne, est convoqué par le pape Clément V, pour statuer de l’ordre du Temple.

En l’an 1312 : les constitutions Multorum querela et Nolentes sont promulguées lors du concile de Vienne, exigeant le contrôle de l’évêque du lieu pour tous les actes importants de la procédure de l’Inquisition.

En l’an 1314 : les maîtres templiers sont accusés de sodomie et d’hérésie avant d’être brûlés.

De 1317 à 1322 : années terribles pour les spirituels et les béguins, considérés comme hérétiques, ceux-ci sont poursuivis, jugés et nombre d’entre eux sont livrés au bûcher.

En l’an 1321 : le dernier dignitaire cathare, Guillaume Bélibaste, est brûlé à Villerouge-Termenès, par l’Inquisition de Carcassonne.

En l’an 1324 : Jean de Beaune, inquisiteur de Carcassonne.

En l’an 1326 : l’archevêque de Cologne intente un procès en Inquisition contre le théologien dominicain Jean Eckhart.

En l’an 1400 : la fonction d’inquisiteur devient progressivement un titre accessoire ou honoraire.

En l’an 1415 : Jean Hus est brûlé pour hérésie.

En l’an 1478 : Isabelle la Catholique obtient du pape Sixte IV la bulle créant l’Inquisition espagnole. Elle est mise en place et commence à fonctionner en 1480, les inquisiteurs étant nommés par les souverains.

En l’an 1481 : organisation des premiers auto da fé.

En l’an 1482 : dans un bref du 29 janvier, Sixte IV condamne les excès de l’Inquisition espagnole.

En l’an 1483 : Torquemada est nommé par le pape grand inquisiteur d’Espagne. Il publie son code de l’inquisiteur en 1484. Sa rigueur suscite de nombreuses protestations et l’intervention de Sixte IV.

En l’an 1484 : Innocent VIII promulgue la bulle Summis desiderantes affectibus autorisant l’Inquisition à agir en matière de sorcellerie.

En l’an 1486 : parution du Marteau des sorcières (malleus maleficarum) des inquisiteurs Henri Institoris et Jacques Sprenger et début de la chasse aux sorcières.

En l’an 1492 : décret d’expulsion des Juifs d’Espagne (décret de l’Alhambra, resté officiellement en vigueur jusqu’en 1967).

De 1512 à 1517 : VÈME concile du Latran. Les livres imprimés doivent être soumis à l’avis de l’Église (voir 1559).

En l’an 1520 : organisation d’une Inquisition moderne aux Pays-Bas.

En l’an 1523 : premiers martyrs de la réforme aux Pays-Bas.

En l’an 1525 : l’Inquisition espagnole commence à poursuivre les illuministes et les mystiques. Les mystiques espagnols seront souvent inquiétés par l’Inquisition : c’est le cas de Thérèse d’Avila et de Jean de la Croix, excommuniés puis réhabilités par l’église catholique.

En l’an 1531 : l’Inquisition est établie au Portugal par autorisation du pape Clément VII.

En l’an 1542 : création à Rome par Paul III de la Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle, cour d’appel pour les jugements concernant les hérésies et la foi, et tribunal des causes réservées au pape. Il est à l’origine de l’Inquisition romaine.

En l’an 1550 : le théologien réformateur Heinrich Bullinger déclare à Genève que l’hérésie peut être punie de la peine de mort, comme le meurtre ou la trahison.

En l’an 1553 : l’antitrinitariste Michel Servet, poursuivi par l’inquisition espagnole, est capturé et exécuté par le consistoire protestant de Genève.

En l’an 1559 : création de l’Index par le Saint-Office de Rome. Le premier index espagnol, dit de Valdés, est publié quelques mois plus tard : il incorpore de nouvelles œuvres, en particulier en langue romane : sur 670 ouvrages interdits, 170 sont en langue vulgaire.

En l’an 1559 : l’Inquisition anéantit brutalement les protestants en Espagne (1559-1563).

En l’an 1563 : publication de The Book of Martyrs de John Foxe, un martyrologe protestant qui donnera une consistance durable aux représentations anticatholiques en Grande-Bretagne (bûchers, tortures, etc.).

En l’an 1568 : début de la guerre de Quatre-Vingts Ans aux Pays-Bas espagnols, en partie motivée par la crainte de voir s’établir dans les Flandres une Inquisition de type espagnol.

En l’an 1569 : fondation du tribunal de l’Inquisition à Lima au Pérou.

En l’an 1571 : fondation du tribunal de l’Inquisition à Mexico.

En l’an 1600 : l’Inquisition romaine condamne le dominicain Giordano Bruno à être brûlé vif.

En l’an 1601 : Raymond de Peñafort est canonisé.

En l’an 1605 : dans son fameux roman, Miguel de Cervantes met en scène un Don Quichotte poursuivi par l’Inquisition (et l’Inquisition espagnole ne l’inquiète pas particulièrement).

En l’an 1609 : fondation du tribunal de l’Inquisition en Colombie (Carthagène des Indes ).

En l’an 1616 : les idées de Copernic sont condamnées par le Saint-Office, Galilée doit cesser d’enseigner ses thèses.

En l’an 1633 : condamnation des thèses de Galilée, qui se voit assigné à résidence.

En l’an 1717 : fondation de la Grande Loge d’Angleterre, début de la franc-maçonnerie moderne.

En l’an 1759 : Voltaire dénonce les excès de l’Inquisition dans Candide.

En l’an 1781 : María de los Dolores López condamnée au bûcher le 7 novembre 1781 à Séville.

En l’an 1808 : le roi d’Espagne Joseph Bonaparte abolit l’Inquisition d’Espagne.

En l’an 1810 : abolition du tribunal de l’Inquisition de Lima lors de l’indépendance.

En l’an 1811 : abolition du tribunal de l’Inquisition en Colombie lors de l’indépendance puis rétabli de 1816 à 1821.

En l’an 1812 : abolition du tribunal de l’Inquisition de Mexico lors de l’indépendance puis rétabli de 1813 à 1820.

En l’an 1814 : l’Inquisition est rétablie en Espagne par Ferdinand VII.

En l’an 1815 : publication des Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole par le comte Joseph de Maistre.

En l’an 1817 : Llorente publie l’Histoire critique de l’Inquisition en Espagne.

En l’an 1820 : l’Inquisition espagnole est supprimée de fait par la révolution espagnole, mais reste inscrite dans les textes.

En l’an 1823 : à la restauration, Ferdinand VII ne remet pas en vigueur l’Inquisition.

En l’an 1829 : publication d’Histoire de l’Inquisition en France.

En l’an 1831 : Victor Hugo publie Notre-Dame de Paris.

En l’an 1834 : l’Inquisition espagnole est définitivement abolie.

En l’an 1841 : Jules Michelet publie Le Procès des Templiers.

En l’an 1862 : Michelet publie La Sorcière.

En l’an 1880 : Dostoïevski présente « le grand inquisiteur » dans Les Frères Karamazov.

En l’an 1882 : Victor Hugo publie Torquemada, drame en quatre actes.

En l’an 1965 : la congrégation du Saint-Office est remplacée par la Congrégation pour la doctrine de la foi, compétente pour ce qui touche aux points de doctrine et aux mœurs.

En l’an 1966 : dissolution de l’Index.

En l’an 1981 : le cardinal Ratzinger est nommé à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

En l’an 1992 : sous la présidence du cardinal Ratzinger, repentance de l’Église catholique qui reconnaît ses erreurs dans l’affaire Galilée.

En l’an 1994 : pour la préparation du jubilé de l’an 2000, dans la lettre apostolique Tertio Millenio adveniente, Jean-Paul II souhaite que « l’Église prenne en charge, avec une conscience plus vive, le péché de ses enfants, dans le souvenir de toutes les circonstances dans lesquelles, au cours de son histoire, ils se sont éloignés de l’esprit du Christ et de son Évangile, présentant au monde, non point le témoignage d’une vie inspirée par les valeurs de la foi, mais le spectacle de façons de penser et d’agir qui étaient de véritables formes de contre-témoignage et de scandale » (cf. http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/apost_letters/documents/hf_jp-ii_apl_10111994_tertio-millennio-adveniente_fr.html).

En l’an 1998 : le pape Jean-Paul II décide d’ouvrir les archives concernant l’Inquisition et l’Index dans les Archives secrètes du Vatican (cf. http://www.cairn.info/revue-bulletin-de-l-institut-pierre-renouvin-2012-2-page-131.htm).

En l’an 1998 : le Vatican lance les premiers travaux de recherche sur l’Inquisition ; un Symposium international est organisé sur l’Inquisition (29-31 octobre).

En l’an 2000 : sous la présidence du cardinal Ratzinger, repentance officielle de l’Église catholique contre les excès de l’Inquisition.

En l’an 2004 : premiers résultats de l’étude menée par le Vatican sur l’Inquisition et réactions (cf. http://www.cbsnews.com/stories/2004/06/15/world/main623253.shtml).

Sa Sainteté Benjamin Premier Abboud rappelle que la communion avec le Pape existe autrement

Sa Sainteté Benjamin Premier Abboud dénonce les catholiques spirituellement aveugles, arrogants, vaniteux, orgueilleux, sectaires et fanatiques

Interrogé sur la pleine communion de l’Eglise de l’Unité avec l’Eglise catholique, Sa Sainteté Benjamin Premier Abboud s’est référé à la déclaration “nomine Iesus”, signée par le Pape BENOIT-XVI en disant :

« Sa Sainteté le Pape BENOIT-XVI a mis fin au comportement indigne du clergé et des fidèles catholiques en affirmant que les églises qui ne sont pas en parfaite communion avec l’Eglise catholique, restent cependant
unies à l’Eglise du Christ grâce à la succession apostolique et la validité de la célébration eucharistique même si elles ne sont pas en pleine communion avec l’église catholique ».

Voici le contenu de cette déclaration en langue italienne :

« Le Chiese che non sono in perfetta comunione con quella cattolica, restano comunque unite per mezzo di vincoli molto stretti come la successione apostolica e la valida Eucarestia. E quindi anche in queste chiese particolari è presente la Chiesa di Cristo sebbene manchi la piena comunione con quella cattolica ».

« C’est pourquoi, j’invite tous les catholiques spirituellement aveugles, arrogants, vaniteux, orgueilleux, sectaires et fanatiques à se conformer à cette déclaration et à vivre dans l’Amour. »

Sa Sainteté Benjamin Premier Abboud affirme que l’union entre les églises se fait sur base de déclarations similaires et non autrement et s’adressant aux chrétiens il dit : « aimons-nous les uns les autres et laissons le Christ nous juger ».

Il a achevé son intervention en ces termes : « vivons dans l’amour vrai et le chemin de l’union entre les églises se fera tout seul. »

L’inquisition et l’histoire de sa représentation dans une conférence de Benjamin Premier Abboud

Mes bien-aimés,

Nous continuons à parler de l’inquisition et de l’histoire de ses représentations.

L’Inquisition, par la violence de son système de contrôle de la liberté de penser et de terreur, et en particulier par ses grands autodafés publics ne cesse de marquer l’imaginaire collectif.

La confrontation de l’image populaire de l’Inquisition aux recherches historiques a amené les historiens, à la fin du XXÈME siècle, à étudier l’histoire des représentations de ce sujet pour comprendre l’origine et la nature de l’écart entre idéologie et réalité.

Sur la réforme protestante et l’Inquisition

La première phase de diffusion écrite d’une représentation idéologiquement orientée de l’Inquisition est liée à la répression de la réforme protestante, en particulier sur les territoires espagnols, sous les règnes de Charles Quint puis de son fils Philippe II.

En 1522, Charles Quint crée un poste d’Inquisiteur général des Pays-Bas, qui étaient alors en possession du roi d’Espagne, en y nommant François Vander Hulst, pour étendre son pouvoir impérial à travers cette institution et lutter plus efficacement contre les schismatiques.

Cette Inquisition hollandaise, principalement au milieu du XVIÈME siècle, réprima de manière particulièrement violente ce qui était considéré par l’Église catholique comme une hérésie.

Les victimes de cette répression religieuse furent considérées comme des martyrs de la réforme, et la répression elle-même alimenta dans la population néerlandaise le rejet du régime espagnol, qui fut obtenu à la suite de près d’un siècle de troubles (guerre dite de Quatre-Vingts Ans, 1566-1648).

L’indépendance de la Hollande se construisit ainsi sur un fond de lutte pour la liberté religieuse, contre l’Espagne catholique et son Inquisition.

À la fin du XVIÈME siècle, le thème de l’Inquisition passe ainsi dans la culture des Églises réformées, porté par un culte des héros à la fois nationaliste et religieux.

De nombreux pamphlets commencent à diffuser alors une image réaliste mais caricaturale de l’Inquisition, décrivant les pires pratiques inquisitoriales comme étant la norme d’une institution vicieuse et fanatique.

C’est ainsi qu’en 1567 le protestant espagnol Antonio del Corro (es) (sous le pseudonyme Reginaldus Gonzalvus Montanus) expose les pratiques de l’Inquisition espagnole dans son ouvrage Sanctæ Inquisitionis Hispanicæ Artes aliquot detectæ ac palam traductæ, en présentant « chaque victime de l’inquisition comme innocente, chaque inquisiteur comme vénal et trompeur, et chaque étape de la procédure inquisitoriale comme une violation des lois de la nature et de la raison » (Peters 1988, p. 134).

Ce livre aura un énorme succès : réimprimé et traduit à de nombreuses reprises, il restera longtemps la référence absolue sur l’Inquisition pour ses détracteurs.

Une autre source notable sera l’Apologie de Guillaume de Nassau, publiée en 1581 par le huguenot Pierre Loyseleur de Villiers.

La majorité des charges contre l’Inquisition s’appuieront ensuite sur de telles sources.

L’Angleterre du XVIIÈME siècle est à la fois protestante, en contact culturel et économique étroit avec la Hollande, et en lutte d’influence contre l’Espagne catholique.

De plus, depuis 1533, elle baigne dans un anti-papisme officiel et la réconciliation avec Rome durant le bref règne de Marie Tudor (de 1553 à 1558), assortie de persécutions contre les protestants, ne fera que radicaliser le rejet du catholicisme sous le règne suivant d’Élisabeth Ire.

Dans ce contexte, le thème de l’Inquisition trouve un nouveau relais dans les milieux protestants et nationalistes anglais (Peters 1988, p. 139-144).

En décrivant les violences des débuts de l’Inquisition espagnole comme une norme du fonctionnement de cette institution et, par extension, du catholicisme (on trouve un exemple précoce de cette relecture dans l’histoire et l’œuvre d’Antonio del Corro (es)), la référence à l’Inquisition permet aux Anglais de valoriser, par contraste, la liberté et la libération apportées par le protestantisme, et de justifier moralement la lutte contre le catholicisme aussi bien externe (guerre contre l’Espagne) qu’interne (persécutions religieuses en Irlande).

L’anticléricalisme et l’Inquisition

Le XVIIIÈME siècle est celui des Lumières, dont la philosophie se définit comme se démarquant de l’obscurantisme passé : la religion naturelle s’oppose au dogme traditionnel.

L’idée de chercher la vérité à travers le libre exercice de la raison éclairée par le débat, portée par la noble ambition de former des hommes « libres et de bonnes mœurs », est alors opposée au dogmatisme que symbolise l’Inquisition.

L’incursion de l’Inquisition dans le domaine du débat scientifique avec le procès de Galilée (1633) fut à l’origine de la réaction de Descartes et de sa philosophie mécaniste.

La confusion entre vérités de foi et recherche d’un fondement scientifique posa un problème de méthode, qui reste actuel.

La revendication d’une certaine autonomie par Galilée est à l’origine du principe d’autonomie de la science, qui s’oppose aux méthodes jugées arbitraires de l’Inquisition.

Ce programme passe des loges anglaises, largement en symbiose avec l’Église d’Angleterre, et essaime en France, dans une élite intellectuelle qui commence à être déchristianisée.

Les francs-maçons, qui étaient alors devenus des ennemis farouches de l’Église catholique et de l’Inquisition, surtout après leur première condamnation par le Pape en 1738, ont utilisé les descriptions les plus négatives de l’Inquisition pour illustrer les débats sur l’obscurantisme et la liberté.

L’Inquisition devient alors un thème récurrent du discours anticlérical.

Voltaire la prend pour cible constante.

Diderot et D’Alembert la prennent également pour cible dans leur Encyclopédie : dans le Discours préliminaire de l’Encyclopédie, D’Alembert la critique sévèrement, sans la nommer, pour la condamnation de Galilée.

Le thème de cette nouvelle image n’est plus seulement la violence, mais la raison.

L’Inquisition devient le symbole de l’obscurantisme, l’instrument par lequel l’Église impose un dogme par la violence.

Au XIXÈME siècle, le thème des Lumières continue à vivre dans le discours anticlérical, et est de plus relayé par la vision que le romantisme a donné du Moyen Âge, dont l’image est reconstruite à cette époque (voir par exemple dans un autre registre le cas de Viollet-le-Duc).

Ainsi, Jules Michelet publie en 1841 le Procès des Templiers, en 1862 La Sorcière ; Victor Hugo publie en 1882 un drame en quatre actes intitulé « Torquemada », et relate, dans Notre-Dame de Paris, le sort d’Esméralda.

Quelques années plus tôt, en 1867, le Don Carlos de Verdi, d’après Friedrich von Schiller, avait diffusé dans le public une image à la fois négative et emblématique avec le personnage du « Grande Inquisitore, cieco e nonagenario » (le « Grand Inquisiteur, aveugle et nonagénaire »).

Ce genre de thème littéraire (se présentant parfois comme des œuvres historiques, voir Histoire de l’Inquisition en France) entretient et développe l’image d’une Inquisition menée par des ecclésiastiques rigides et pervers ayant opprimé les populations de la même manière barbare à toutes les époques.

Cette vision est également propagée par l’école publique rendue publique, laïque et obligatoire par les lois Jules Ferry.

Dans l’épopée des Pardaillan, un des succès de la littérature d’aventure du début du XXÈME siècle, l’Inquisition espagnole apparaît non seulement comme une juridiction spéciale, mais encore comme une organisation occulte autonome, plus puissante que le pape et disposant de son propre service de renseignement.

Au XXÈME siècle, l’Inquisition passe dans le vocabulaire courant, devenant un mot commun pour désigner un certain genre de persécution, hystérique, souvent collective et toujours spectaculaire.

Le genre littéraire toujours actif se prolonge dans la bande dessinée, les jeux vidéo, faisant plus souvent référence aux stéréotypes de la légende noire de l’Inquisition que prétendant refléter une réalité plus nuancée sur la base des recherches historiques contemporaines.

À la fin du xxe siècle, deux œuvres occupent une place à part. Dans son roman Le Nom de la rose (1980), Umberto Eco choisit pour personnage principal un ancien inquisiteur, Guillaume de Baskerville, qui fait office de détective élucidant une série de meurtres.

Un an plus tard, dans son film La Folle Histoire du monde (1981), Mel Brooks se met lui-même en scène dans un sketch parodique qui représente l’inquisition sous la forme d’une comédie musicale.

Les victimes de l’inquisition et la conférence de Sa Sainteté Benjamin Premier Abboud

Mes bien-aimés,

Nous parlons aujourd’hui des victimes de l’inquisition, des erreurs judiciaires commises et de l’abus du pouvoir.

L’inquisition ne concerne que les chrétiens accusés d’être hérétiques et non les non-chrétiens en terre chrétienne.

Par exemple, en 1199, le pape Innocent III, associé à la création du tribunal d’Inquisition, rappelle l’importance de protéger les juifs dans les droits qui sont les leurs et l’impossibilité de convertir par la force un non chrétien.

Le nombre de personnes abandonnées à la justice civile et livrées au bûcher est difficile à évaluer.

La mémoire collective est marquée par les exécutions massives de Montségur, de Vérone ou du mont Aimé et par la répétition des bûchers à certaines périodes de l’Inquisition espagnole.

Les registres des procès ont partiellement disparu et les historiens sont amenés à évaluer le bilan humain seulement à partir de documents partiels.

Ce principe d’évaluation conduit à des résultats extrêmement variables, de 400 victimes pour les dix premières années à plusieurs millions sur plusieurs siècles et dans de nombreux pays selon l’estimation de l’historien Jules Michelet en 1862.

Juan Antonio Llorente dans son étude Histoire critique de l’Inquisition d’Espagne depuis l’époque de son établissement par Ferdinand V, jusqu’au règne de Ferdinand VII, en 1818, estime à environ 30 000 condamnations à mort physique et 15000 par effigie durant les trois siècles de l’Inquisition espagnole de 1481 à 1781 (date de la dernière exécution) dont 8 800 pour la période de Torquemada.

Cependant, des historiens contemporains trouvent cette évaluation grandement exagérée et la désignent comme un instrument de la légende noire au XIXÈME siècle.

« Agostino Borromeo, un des meilleurs spécialistes, estime que, pour l’Inquisition espagnole (…), sur 44 674 inculpés, quelque 800 furent condamnés à mort. »

Les quelques études menées pour le XIIIÈME siècle donnent une proportion de condamnations au bûcher inférieure à 10 % des peines.

D’après Patrick Henriet, « Il ne fait aucun doute qu’au XIIIÈME siècle, comme encore par la suite, la justice inquisitoriale s’est montrée beaucoup moins expéditive que celle des cours civiles. »

Bartolomé Bennassar pointe la grande variabilité en nombre de ces condamnations selon les périodes (rigoureuses ou plus calme).

Il évalue ainsi à 40 % des personnes jugées celles montant sur le bûcher lors de la période la plus terrible de l’inquisition espagnole (fin du XVÈME siècle), pour tomber à 1 % dans la seconde moitié du XVIÈME siècle.

D’après Jean Dumont, Bernard Gui a prononcé, entre 1308 et 1323, 42 condamnations au bûcher sur 930 sentences, soit 4,5 %.

Au temps de l’inquisition triomphante, on posa en 1524 à Séville une plaque commémorative donnant un bilan des quarante premières années de l’inquisition espagnole, supposées les plus terribles :

« L’an du Seigneur 1481 […] a commencé en ce lieu le Saint Office de l’Inquisition contre les hérétiques judaïsants, pour l’exaltation de la foi.

Par lui, depuis l’expulsion des juifs et des Sarrasins jusqu’en l’année 1524 […] plus de vingt mille hérétiques ont abjuré leurs criminelles erreurs, et plus de mille obstinés dans l’hérésie ont été livrés aux flammes, après avoir été jugés conformément au droit ».

D’après l’ecclésiastique Henri-Dominique Lacordaire, « l’inquisition est un progrès véritable comparée à tout ce qui avait eu lieu dans le passé. À la place d’un tribunal sans droit de grâce, assujetti à la lettre inexorable de la loi, on avait un tribunal flexible duquel on pouvait exiger le pardon par le repentir, et qui ne renvoya jamais au bras séculier que l’immense minorité des accusés. L’inquisition a sauvé des milliers d’hommes qui eussent péri par les tribunaux ordinaires ».

En mars 2000, l’Église catholique a offert sa repentance officielle contre, notamment, les excès de l’Inquisition, et a lancé en 1998 une étude sur l’Inquisition qui a donné lieu à la publication d’un document de 800 pages recensant les dommages causés par celle-ci et dans lequel Jean-Paul II manifestait le repentir de l’Église romaine (voir détails et références dans Chronologie Période contemporaine).

Liberté de conscience

La conversion à Dieu ne peut se faire que librement. C’est ce que dit Ézéchiel : « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse » (Ez. 33:11, 2P 3:9, prologue de la règle de saint Benoît).

C’est ce que répètent les pères sans cesse, depuis Tertullien au IIÈME siècle.

À l’époque même où la première Inquisition est fondée, Bernard de Clairvaux formule que « la foi doit être persuadée, non imposée ».

Dominique de Guzmán, de son côté, fonde son ordre des prêcheurs pour réduire l’hérésie albigeoise par la prédication et l’exemple d’une vie mendiante, se démarquant de la croisade guerrière menée à la même époque sous Innocent III — la solide formation dogmatique des dominicains leur vaudra ultérieurement de fournir bon nombre d’inquisiteurs.

Dans sa lignée, Thomas d’Aquin, futur docteur de l’Église, affirme, dans la Somme théologique, que la conscience même erronée, oblige. C’est-à-dire qu’il est rationnel et donc juste que l’homme suive sa conscience (ST., Ia IIæ., Qu.19, art.5).

Dire la vérité du dogme

Même si la conscience est libre, cette liberté ne se comprend que par rapport à deux devoirs dans la pensée catholique :

1) le devoir moral de chaque individu de chercher la vérité et de vivre en conséquence ;

2) le devoir institutionnel de l’Église d’annoncer et de défendre ce qu’elle perçoit de la Vérité, c’est-à-dire typiquement le dogme.

Un tribunal d’Inquisition, par lui-même, ne fait que se prononcer sur l’orthodoxie du cas qui lui est soumis.

Un tel jugement est un devoir institutionnel et ne pose aucun problème moral.

Le drame de l’Inquisition n’est pas d’examiner l’orthodoxie d’une cause ; il commence quand l’Église accepte que la conséquence de son jugement soit liée à une sanction pénale du pouvoir temporel.

Atteinte à l’ordre social

Les habitants de Carcassonne ont été expulsés de la cité en 1209.

Pour la société médiévale, le christianisme fait partie de l’ordre social, et l’ordre social se fonde sur la religion.

Dans cette organisation, sur le plan religieux, une hérésie constitue nécessairement une rupture de l’ordre social.

Inversement, sur le plan politique, la seule manière de contester l’ordre établi est d’entrer en rupture (schisme) avec la religion institutionnelle.

Il est normal que le pouvoir temporel défende d’une manière ou d’une autre l’ordre social, en sanctionnant au besoin ce qui le met en danger (même si la défense est délicate, et doit s’exercer avec prudence, pour ne pas tomber dans un immobilisme réactionnaire).

Dans la mesure où l’hérésie met en danger la société, elle doit être combattue par le pouvoir temporel.

Mais dans la mesure où l’hérésie s’exprime dans le domaine de la foi, elle doit être jugée par une autorité religieuse.

Par conséquent, les tribunaux religieux se mettent à juger des fauteurs de troubles sociaux.

Ce partage des rôles est acté dans l’accord de Vérone (1148) entre le Pape et l’Empereur : les hérétiques doivent être jugés par l’Église avant d’être remis au bras séculier, pour y subir « la peine due » (debita animadversione puniendus).

Inquisition et pouvoir

« L’histoire de l’Inquisition est l’illustration du drame qui menace les hommes chaque fois qu’une liaison organique s’établit entre l’État et l’Église », a écrit l’historien et professeur Bartolomé Bennassar.

Le fonctionnement même de l’inquisition (promulgation d’édit obligeant à la dénonciation, tenue et conservation de registres sur toutes les dénonciations, procédure soumise au secret) en fait un formidable outil de répression dont le pouvoir religieux et royal usera.

Selon les époques, l’Inquisition servira ou s’opposera au pouvoir politique.

En France, l’inquisition médiévale, dans ses débuts, est principalement au service du pape qui tente de rasseoir son autorité et de lutter contre les hérésies et le roi s’opposera parfois à la rigueur de la répression.

Mais, dès la fin du XIIIÈME et jusqu’au XVÈME siècle, les souverains sollicitèrent le pouvoir inquisitorial pour se débarrasser des individus devenus gênants pour les puissants.

Au XIVÈME siècle, le pape réagit à certaines dérives sur l’autonomie laissée à l’inquisition en exigeant la collaboration entre inquisiteurs et évêques.

Le droit absolu de l’inquisiteur est remis en question.

Mais les juridictions civiles fragilisent aussi peu à peu la puissance d’un tel tribunal.

À Toulouse, en 1331, un commissaire du roi assimile l’inquisition à une juridiction royale et , en 1412, l’inquisiteur de Toulouse est arrêté sur l’ordre du roi.

En Dauphiné, le tribunal est progressivement subordonné au Parlement de Grenoble.

En Espagne, l’inquisition est sous l’autorité du roi.

C’est lui qui désigne les inquisiteurs. Le pape n’aura que très peu d’influence sur l’inquisition espagnole et face à l’intransigeance d’un Torquemada, il ne peut qu’élever une protestation.

Instrument du pouvoir, elle est d’abord une force d’unification dans l’Espagne après la Reconquista.

Elle se met ensuite au service du pouvoir devenant une arme contre les fueros.

Elle sert à lutter contre les ennemis du pouvoir (parti navarrais, Antonio Pérez, répression des émeutes de 1591, répression de la révolution de 1640 en Catalogne, prise de parti dans la guerre de Succession d’Espagne).

Elle fournit, par ses condamnations, de la main d’œuvre pour les galères et se plie aux aléas de la politique (indulgence envers les hérétiques anglais en 1604 lors de la construction de la paix).

Elle sert aussi de police politique en contrôlant les étrangers et devient peu à peu une force réactionnaire contre les changements au sein de l’Espagne dont la puissance perdurera jusqu’en 1808.

L’Église de l’Unité décrite par Sa Sainteté Benjamin Premier Abboud

Mes bien aimé,

Je souhaite vous parler de l’Eglise de l’Unité.

L’Eglise de l’Unité est l’Eglise des catholiques et des non catholiques qui ont décidé de sortir des leurs églises schismatiques pour vivre dans l’unité des enfants de Dieu.

L’Eglise de l’Unité réunit donc les catholiques et les non catholiques.

Le clergé concélèbre ensemble et communie ensemble au Corps et au Sang du Christ.

Il est important de ne pas confondre entre l’Eglise de l’Unité et l’Eglise d’unité. Cette dernière est une église protestante.

Bien entendu, l’Eglise d’unité aura un jour sa place dans l’Eglise de l’unité comme toute autre église catholique et non catholique.

Le terme « Église » n’est employé que deux fois dans les Évangiles :

1) Dans Matthieu quand Jésus dit à Simon-Pierre : « tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Cette phrase témoigne que c’est Jésus qui a bâti l’Église.

2) Dans un autre passage de Matthieu, où l’Église apparaît comme une communauté locale à laquelle on appartient : « Si ton frère n’écoute pas … dis-le à l’Église ».

Le terme « Église » est beaucoup plus fréquent dans le Nouveau Testament où il désigne parfois les communautés locales, parfois l’Église dans son ensemble. Le terme ekklesia est très fréquent dans les Actes, les épîtres et l’Apocalypse.Significations du terme « Unité ».

Le terme « unité » vient également du Christ qui a prié pour l’unité des siens. Pour l’Église de l’Unité les Églises sont « une » dans l’Église mère née du Christ au premier siècle. Les chrétiens ne cessent de chercher à toujours être bien d’accord entre eux mais les règles constitutionnelles et canoniques des Églises les en empêchent.

L’Église de l’unité a mis un terme aux canons et aux règles qui divisent en les remplaçant par d’autres plus chrétiens. Dans l’Église de l’Unité les clergés de toutes les Églises dotées d’une descendance apostolique réelle peuvent concélébrer et communier ensemble au Corps et au Sang du Christ. L’Église de l’Unité veut répandre l’unité vécue en Elle afin que l’Évangile se répande jusqu’aux extrémités de la Terre et parmi toutes les nations.

L’Église de l’Unité est ouverte à tous les peuples parce qu’elle est sans division à l’image la première Église.
Saint Ignace d’Antioche a écrit : « Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l’Église ».

Parler de l’Unité, c’est affirmer que l’Église est universelle, qu’elle ne peut pas être Église de l’Unité homme en Marie. La foi de l’Église de l’Unité enseigne que Jésus est demeuré sans péché sur terre et qu’il a librement accepté de se livrer pour nous pour nous réconcilier avec Sa Divinité ; cette réconciliation est connue sous le nom de mystère pascal.

Ruptures et mission de l’Église de l’Unité

Depuis 1054, la rupture est stigmatisée entre les Églises catholique et orthodoxe.

D’après l’Église de l’Unité ce schisme est juridiquement nul et de nul effet. Les deux Églises Catholique et Orthodoxe ont corroboré cette rupture par des canons et des textes contraignes et se sont enfoncées dans l’erreur siècle après siècles jusqu’à nos jours de sorte qu’elles sont totalement incapables de résoudre ce problème de nullité. l’Église de l’Unité y a mis fin de sorte que le clergé orthodoxe et le clergé catholique ne peuvent concélébrer que si le clergé de l’Église de l’Unité préside la célébration Eucharistique.

Depuis le schisme le plus important en Europe occidentale et centrale qui eut lieu à partir de 1517 et qui est connu par la Réforme protestante, représentée notamment par le Saxon Martin Luther, le Français Jean Calvin ou le Suisse Ulrich Zwingli, depuis lors, l’Église catholique ne cesse de se quereller et de se battre avec les Églises protestantes de sorte que le sang chrétien est versé par des chrétiens qui osent affirmer encore et encore être inspirés par l’Esprit Saint.

L’Église de l’Unité compte rendre la succession apostolique perdue à travers les siècles aux Églises protestantes et rétablir la paix avec les Églises Catholiques en Europe, en Amérique du Nord et partout ailleurs.

L’Église de l’Unité procédera à une réconciliation et à une approche doctrinale entre l’Église catholique et l’Église anglicane.

L’Église de l’Unité entend consolider les Églises catholiques, orthodoxes, luthériennes, anglicanes et autres et faire l’union entre toutes les Églises sous l’égide de l’Organisation des Églises Unies.

Composition et structure institutionnelles
L’Église de l’Unité est, comme toute autre Église, composée de l’Église militante, de l’Église triomphante et de l’Église souffrante qui ne forment qu’une seule Église placée sous Jésus-Christ, Tête de toutes les Églises.

L’Église militante rassemble l’ensemble de ses fidèles sur terre, l’Église triomphante comprend tous les saints qui sont au ciel et l’Église souffrante, quant à elle, comprend toutes les âmes qui sont au purgatoire.

La branche catholique de l’Église de l’Unité reconnaît l’autorité et la primauté du pape.

La branche des non catholiques de l’Eglise de l’Unité est libre de reconnaître ou de ne pas reconnaître la primauté de Pape.

L’Église de l’Unité a sa hiérarchie, son organisation canonique et laisse le libre choix liturgique à son clergé catholique et non catholique.

Gouvernement de l’Église de l’Unité et Clercs et laïcs de l’Église de l’Unité

Le patriarche Benjamin primer Abboud est le Métropolite du Belgique et l’Archevêque de Bruxelles.

Il porte le numéro 142 de la succession apostolique directe de Saint Pierre Apôtre.

À ce titre, dans l’Église de l’Unité il est le premier des évêques et doit veiller à l’unité de l’Église et à l’union entre toutes les Églises de l’Unité. L’Église de l’Unité est constituée de toutes les Églises locales dont les évêques sont en communion avec le pape.

L’essentiel du gouvernement de l’Église se trouve au Siège Patriarcal qui réside principalement à Bruxelles, dont le patriarche est le chef.

La hiérarchie de l’Église de l’Unité est composée de ministres, aussi appelés clercs, qui ont pour rôle de veiller sur l’Église. Ceux-ci comprennent trois ordres : les évêques, les prêtres et les diacres. Les prêtres et les diacres effectuent leurs ministères en communion avec leur évêque. Les autres fidèles sont appelés laïcs.
Le Patriarcat est une personne morale de droit international qui a pour objectif l’union de toutes les Églises et la médiation dans certains conflits.
Les conférences épiscopales rassemblent les évêques d’un même pays et ont pour objectif de créer des liens avec les Églises.

Droit canonique

Le droit canonique, ou droit canon (jus canonicum en latin), est l’ensemble des lois et des règlements qui régissent l’Église et les fidèles.

Le terme vient du grec κανών / kanôn, la règle, le modèle. Ce mot a rapidement pris une connotation ecclésiastique par opposition au mot νόμος / nómos (la coutume, la loi) utilisé surtout pour les lois des autorités civiles.
En ce qui concerne la liturgie, le code ne donne que des orientations dans la partie liée à la charge ecclésiale de sanctifier ; les normes liturgiques se trouvent dans la présentation des divers rituels.

Ces normes ont force de loi et doivent être respectées car, pour certaines d’entre elles, il y va de la validité des sacrements. Tous les rituels ne concernent pas les sacrements, et il convient, là aussi, de respecter les normes, en particulier pour les funérailles. En ce qui concerne la messe, les normes se trouvent dans la PGMR « présentation générale du missel romain » publiée par Jean-Paul II en 2002.

Le terme canoniste renvoie ordinairement à un expert de ce droit interne de l’Église, tandis qu’un juriste peut être expert de droit religieux ou ecclésiastique s’il connaît le droit de son pays touchant aux diverses religions.

La Charte des Églises Unies

La Charte des Églises Unies est une convention qui rétablit l’union des Églises et qui met un terme aux divisions.

Cette Charte peut être signée à tout moment par chacune des Églises et entre en vigueur dès sa signature.
Pour la signature de cette charte le Pape et tous les autres chefs d’Églises seront conviés au Patriarcat de l’Église de l’Unité à Bruxelles pour sa signature officielle les 14 et 15 août 2019.

Les causes du schisme de 1054 exposées par Sa Sainteté Benjamin Premier Abboud

Mes bien-aimés,

Nous parlons aujourd’hui de nos recherches sur les causes historiques et politiques du schisme de 1054.

Pour promouvoir l’union des églises et vivre la joie de l’unité parfaite dans l’Église de l’Unité, nous devons connaître notre passé de façon objective et impartiale.

Nous commençons par Constantin et l’expansion du christianisme (Constantin Ier empereur romain IVÈME siècle).

Lorsque les apôtres de l’Église Une Sainte et Apostolique répandirent le message du Christ, ils le firent avec la sensibilité propre à chacun d’eux, laquelle se refléta dans la doctrine des Églises qu’ils fondèrent.

Des divisions se firent bientôt jour tant à l’intérieur des Églises qu’entre les apôtres eux-mêmes (par exemple : conflit entre Paul et Pierre sur la conduite à tenir à l’endroit des païens).

À ces différences personnelles s’ajoutèrent rapidement celles propres au milieu qui recevait ce message.

Les provinces orientales de l’Empire romain avaient le grec comme langue d’usage et avaient conservé la culture hellénistique, plus individualiste et portée vers la philosophie que la culture romaine des provinces occidentales, plus autoritaire et juridique.

L’éducation y étant plus répandue qu’en Occident, laïcs autant qu’ecclésiastiques prenaient grand plaisir à la spéculation théologique.

Lorsque les opinions devenaient trop partagées sur un point particulier, on faisait appel à une assemblée générale à laquelle tous les membres de l’Église étaient appelés à participer pour dégager ce qui serait considéré comme article de foi.

En cas d’échec, on parlait de « schisme » pour décrire la rupture entre diverses factions au sein d’une Église et d’« hérésie » pour décrire une doctrine considérée comme fausse.

L’édit de Milan, en 313, établit la liberté de religion dans l’ensemble de l’Empire sans favoriser trop ouvertement les chrétiens au début, la majorité de la classe dirigeante et de l’armée étant encore païenne.

Pour éviter de provoquer celle-ci, Constantin (306-337) en vint à contrôler la nouvelle Église dont il nommait personnellement les évêques, lesquels devinrent des fonctionnaires impériaux. Ils furent bientôt 1 800, dont 1 000 dans les territoires parlant grec et 800 dans les territoires parlant latin.

Convaincu que le devoir de l’Empereur était de maintenir sur terre le même ordre et la même harmonie que Dieu dans le ciel, Constantin fut rapidement confronté à deux hérésies, celle des donatistes en Afrique du Nord et l’arianisme qui prêchait que seul Dieu le Père existait de toute éternité alors que le Fils avait été créé à un moment déterminé.

Cette dernière hérésie s’était rapidement répandue dans les diverses tribus germaines ; parmi les chefs germains, seul le Franc Clovis (481-511), lorsqu’il se convertira sous l’influence de sa femme, adopta la foi romaine plutôt que la foi arienne.

Devant la résistance des ariens, Constantin décida de convoquer, en 325, le premier concile œcuménique, dit de Nicée, auquel environ 300 évêques participèrent, dont seulement six d’Occident, pour lesquels une bonne partie des discussions était étrangère.

Outre divers problèmes disciplinaires propres aux Églises d’Orient, le concile devait résoudre le problème dogmatique posé par les propositions de l’évêque Arius.

Peu au fait des subtilités théologiques et probablement mal à l’aise en grec, Constantin décida que le Fils était « de la même substance » (en grec, homoousios ; en latin approximatif, consubstantialis) que le Père, terme qui fut intégré dans le Credo ou symbole de Nicée.

Arius et ses partisans furent alors excommuniés puis réadmis dans l’Église au concile de Jérusalem en 325, ils furent à nouveau condamnés en 333 et Arius mourut en 336.

Le concile de Nicée (canon 6) établit également trois grands patriarcats, soit, par ordre de primauté, Rome, Alexandrie et Antioche.

Cet honneur venait du fait que ces évêchés avaient été fondées par des apôtres : Rome et Antioche par saint Pierre, Alexandrie par saint Marc.

Rome jouissait d’un statut particulier non seulement parce que c’était là qu’avaient été martyrisés saint Pierre et saint Paul, mais aussi parce qu’elle était la capitale de l’Empire romain et, jusqu’à son transfert à Constantinople, la résidence de l’Empereur.

Toutefois, si l’évêque de Rome jouissait d’un respect particulier, celui-ci découlait donc de l’importance de la ville. Le pape jouissait de « primauté d’honneur ».

Lors du deuxième concile œcuménique qui se réunit à Constantinople en 381, on décida d’élever l’évêque de Constantinople, jusque-là simple suffragant de l’évêque d’Héraclée, au rang de patriarche et de lui donner la deuxième place puisque Constantinople était la « Nouvelle Rome » (3e canon).

La nouvelle place de l’Église de Constantinople en tant que patriarcat fut confirmée lors du concile de Chalcédoine en 451 (28e canon) alors que le patriarcat de Jérusalem faisait son apparition.

Ainsi, un siècle plus tard, ces cinq patriarcats constitueront, sous l’impulsion de l’empereur Justinien (527-565), la « Pentarchie » avec comme ordre de préséance : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem.

Sur les grandes querelles religieuses du VÈME au IXÈME siècles

Le donatisme avait surtout affecté l’Afrique du Nord, l’arianisme les peuples fédérés de l’Empire romain, dont des peuples germaniques christianisés.

Les grandes querelles christologiques qui déchirèrent l’Église au cours des siècles suivants contribuèrent à éloigner les Églises d’Orient et d’Occident et aboutirent à la sécession des deux communautés chrétiennes de Syrie et d’Égypte.

Sur le Monophysisme.

Le monophysisme est apparue au VÈME siècle dans l’Empire romain d’Orient en réaction au nestorianisme.

La doctrine du monophysisme affirmait que le Fils n’avait qu’une seule nature, la nature divine, laquelle aurait absorbé sa nature humaine.

Le concile de Chalcédoine en 451 avait condamné cette doctrine et proclamé que le Christ avait deux natures, la nature divine et la nature humaine, jointes en une seule personne qui est la Personne du Verbe incarné.

La notion des deux natures du Christ offensait les gens d’Alexandrie qui, y voyant des relents de nestorianisme, tendaient à favoriser le monophysisme, alors que Rome et Antioche voulaient maintenir la distinction entre les deux natures (duophysisme).

Constantinople se trouvait prise entre les deux positions.

En dépit de ses efforts de conciliation, l’Empereur dut s’incliner devant la volonté du pape Léon Ier (440-461) et le concile décida que le Christ avait deux natures, distinctes mais inséparables.

Les réactions en Syrie, en Égypte et en Palestine ne se firent pas attendre : la nomination d’un nouvel évêque se solda par un bain de sang dans les rues d’Alexandrie, alors que les moines se rebellèrent et installèrent un nouvel évêque à Jérusalem.

La querelle religieuse laissait déjà entrevoir l’opposition entre l’évêque de Rome (dont le Pape avait lui-même défini la position dans un document, le Tome) et les autres patriarches d’Orient, Constantinople jouant un rôle de médiation.

En 482, l’empereur Zénon (474-491), avec l’appui du patriarche Acacius, tenta d’apaiser la querelle en proclamant un édit d’union, appelé Hénotikon, qui réaffirmait sa foi dans les credos de Nicée et de Constantinople, sa condamnation des hérésies de Nestorius et d’Eutychès, mais ne décidait rien quant à « la » ou « les » nature(s) du Christ et interdisait de soulever dorénavant la question.

Plutôt que de s’opposer directement à l’Empereur, le pape Simplice (468-483) excommunia le patriarche alors que son successeur, Félix III (483-492), décida de le déposer.

Ceci devait conduire à un schisme entre les deux Églises qui dura de 484 à 519 ; un compromis proposé par le pape Anastase II (496-498) devait lui valoir d’être placé au nombre des damnés dans la Divine Comédie de Dante.

L’Hénotikon ne régla pas la question qui refit surface sous l’empereur Justinien (527-565).

Celui-ci devait composer avec trois forces opposées où se mêlaient politique et religion.

D’un côté, il devait éviter de s’opposer trop ouvertement aux monophysites d’Orient pour ne pas s’aliéner l’Égypte et mettre ainsi en danger l’approvisionnement de sa capitale comme risquer de voir les provinces de Syrie et de Mésopotamie s’allier avec la Perse voisine, menaçante et hostile.

D’un autre côté, il devait se rallier le Pape, qui lui reprochait son inaction devant le schisme, et l’Italie, où Totila risquait de remettre en question les gains de Bélisaire.

Enfin, il devait contenter la population de Constantinople, où certaines grandes familles étaient profondément attachées à Chalcédoine alors que d’autres, comme celle de l’ancien empereur Anastase et l’impératrice elle-même, étaient monophysites.

Il tenta de régler la question indirectement en faisant condamner trois théologiens détestés par les monophysites dans l’espoir de les rallier à l’Église officielle.

Le VÈME concile œcuménique de 553, qui officialisait cette condamnation, vit ses décrets fort mal accueillis en Occident, surtout par le pape Vigile (537-555) que Justinien fit enlever afin de le contraindre à accepter les Trois Chapitres, sans pour autant rallier les monophysites.

Sur le Monothélisme.

La crise du monophysisme avait contribué à aliéner les populations orientales de Constantinople.

Les successeurs de Justinien cherchent à ramener les dissidents au sein de l’Église et donc de l’Empire. Le compromis est le monothélisme.

Cette doctrine fut énoncée par le patriarche Serge de Constantinople avec l’appui de l’empereur Héraclius Ier (610-641).

En effet, ce dernier cherchait à rétablir l’autorité impériale et patriarcale de Constantinople sur les provinces d’Égypte, de Palestine et de Syrie, récemment récupérées sur les Perses sassanides.

Le monothélisme s’inscrivait dans le duophysisme proclamé à Chalcédoine tout en précisant qu’il n’y avait en Jésus qu’une seule volonté (θήλεμα) et une seule énergie (ένέργεια), d’où les termes monothélisme et monoénergisme.

Bien accueillie par les monophysites d’Égypte qui regagnèrent l’orthodoxie, elle se heurta aux objections de plusieurs théologiens dont Sophrone de Jérusalem.

Se ravisant, le patriarche Serge promulgua un décret interdisant en 633 à tout chrétien de parler du nombre des énergies de Jésus.

À Rome, le pape Honorius Ier (625-638) confirma le décret mais laissait la porte ouverte à une seule volonté du Christ.

En 638, l’Empereur fit afficher sur la porte de Sainte-Sophie une profession de foi, l’Ecthèse, qui reconnaissait au Christ une volonté unique.

Non seulement les monophysites n’y adhérèrent pas, mais l’Echtèse provoqua un conflit entre les patriarcats d’Occident et de Constantinople (638-655).

En Italie, le Nord du pays, que tentait de défendre la Papauté, était aux mains des Lombards alors que le Sud demeurait possession byzantine.

En 640,le pape Jean IV (640-642) condamna le monothélisme tout comme son successeur, Théodore Ier (642-649).

Le nouvel empereur, Constant II (641-668) promulgua, en 648, un nouveau décret, le Typos, qui abolit l’Ecthèse et interdit à nouveau de parler des volontés et des énergies du Christ.

Le successeur de Théodore, le pape Martin Ier (649-655) (qui était monté sur le trône sans faire ratifier sa nomination par l’Empereur) réagit en convoquant l’année suivante un concile à Latran qui condamna le monothélisme et affirma la dualité des volontés et des énergies.

En 653, l’Empereur fit alors arrêter le pape qui meurt exilé en Crimée deux ans plus tard. Finalement, l’empereur Constantin IV (668-685) convoqua un concile œcuménique, le troisième concile de Constantinople, qui proclama « deux volontés naturelles et deux activités naturelles agissant de concert pour le salut du genre humain ».

Sur le Concile in Trullo.

À partir de cette époque, Constantinople cessa de jouer les médiateurs entre l’Orient et l’Occident.

Le patriarcat de Jérusalem ayant été conquis par les Arabes en 637, suivie des patriarcats d’Antioche et d’Alexandrie, le patriarcat de Constantinople devint le représentant de l’ensemble de l’Orient.

Le fossé entre Rome et Constantinople se creusa à l’occasion du concile Quinisexte ou in Trullo tenu en 691 et 692 à l’instigation de l’empereur Justinien II (685-711) sans consultation du Pape.

Il rassembla 220 évêques orientaux et visait à discuter de discipline ecclésiastique plutôt que de questions dogmatiques comme les précédents.

Ses 102 canons ou décisions traitaient de la discipline dans le clergé et de bonnes mœurs pour les clercs comme pour les laïcs.

Certains canons fustigeaient l’Église d’Arménie et d’autres l’Église de Rome, comme le jeûne du samedi durant le carême ou le mariage des prêtres.

Rome, qui n’avait pas encore reconnu le canon 28 de Chalcédoine confirmant l’égalité de privilège entre l’ancienne et la nouvelle Rome, s’éleva contre le canon 36 selon lequel « les deux Églises devaient jouir d’une même estime en matière ecclésiastique et jouir de privilèges égaux », Constantinople venant après Rome « dans le temps, mais non en termes d’honneur ».

Le pape d’alors, Serge Ier (687-701), désavoua ses légats et refusa de signer les actes du concile.

Ce ne fut qu’en 711 que son deuxième successeur se rendit à Constantinople et résolut les problèmes en litige.

Sur la période iconoclaste de l’histoire byzantine.

Avec le VIIIÈME siècle s’apaisent les querelles sur la nature du Christ pendant qu’une autre se développe : celle du culte des images.

Le concile Quinisexte avait, dans son 82e canon, recommandé que l’on abandonne la pratique de représenter le Christ sous forme d’un agneau ou du symbole « XP » pour faire place à des représentations anthropomorphiques.

Depuis, le culte des images avait pris, surtout en Grèce, une telle importance que l’on voyait souvent en elles des « doubles » des saints qu’elles devaient représenter ; on leur attribuait divers miracles comme le don de la parole, le suintement d’huile ou de sang.

À la veille même de la première crise iconoclaste, en 718, on croyait fermement que le portrait de la Vierge conservé au monastère d’Hodegon, près des murs de Constantinople, lorsque paradé sur les murailles, émettrait une lumière aveuglante ou des flammes qui consumeraient les assaillants.

Ces croyances allaient, toutefois, à l’encontre de la foi monophysite des chrétiens d’Arménie et des Pauliciens répandus en Orient.

La « querelle des Images » mettait ainsi en lumière les différences religieuses entre les provinces grecques et les provinces asiatiques de l’Empire byzantin.

Déjà alarmé par les défaites de l’Empire face aux Arabes, l’empereur Léon III (717-741) aurait pris la décision d’interdire la vénération des images lors d’une éruption volcanique qui ravagea l’ile de Thera en 726.

Cette querelle se déroula en deux étapes. Au cours de la première, de 730 à 787, les empereurs Léon III et Constantin V (741-775) adoptèrent une attitude de plus en plus intransigeante et violente à l’endroit du culte des images.

Si le pape Grégoire II (715-731) réagit assez mollement, son successeur Grégoire III (731-741) condamna l’iconoclasme byzantin.

En représailles, l’empereur Léon III sépara alors l’Italie du Sud et la Sicile, hellénisés, ainsi que la Sardaigne et l’ancien Illyricum pour les rattacher au Patriarcat de Constantinople avec les revenus qui y étaient attachés.

Dès lors, les frontières religieuses entre les patriarcats d’Occident (Papauté) et de Constantinople coïncidèrent avec les frontières politiques de l’Empire byzantin.

Le règne de l’impératrice Irène (797-802) marqua une pause qui se termina avec l’arrivée au pouvoir de Léon V l’Arménien (813-820).

Le règne de ce dernier fut marqué par une persécution plus féroce bien que de moins d’envergure que celle de Constantin V.

Toutefois, son successeur, Michel II (820-829), adopta une politique plus conciliante qui coïncida avec l’éloignement de la menace que faisaient planer les Arabes sur l’existence de l’Empire.

Elle se termina officiellement lorsque l’impératrice Théodora (régence 842-856) réunit un synode en 843 qui confirma la légitimité de celui de 787.

Comme l’écrivit Georges Ostrogorsky, « le grand résultat politique de la querelle des images fut ainsi de rejeter Rome hors de l’Orient grec, mais aussi Constantinople de l’Occident latin ».

Sur la montée en puissance de la Papauté et l’invasions barbares

Du troisième au cinquième siècle, des peuples venus d’Asie (les Huns), de Scandinavie (les Goths) et de l’Europe de l’Est (les Francs et les Alamans) morcelèrent l’ancien Empire romain d’Occident en petits royaumes.

En de nombreux endroits, l’Église fut la seule force demeurant sur place qui put négocier avec les nouveaux maîtres.

Elle y préserva en même temps l’héritage de la Rome antique puisque les Barbares, peuples illettrés, durent conserver les systèmes administratif et juridique romains.

Mais le latin était déjà une langue que seuls les clercs pouvaient parler ; contrairement aux us de Constantinople, les clercs étaient les seuls à pouvoir discuter de théologie et le peuple ne se sentait guère concerné par des sujets qui, à Constantinople, pouvaient provoquer des révolutions.

Le règne de l’empereur Justinien (527-565) marqua le point culminant de l’influence impériale sur la vie de l’Église (le césaropapisme).

C’est sous son règne et son impulsion que la « Pentarchie » est explicitement mise en place comme mode de gouvernement de l’Église, regroupant les cinq grands patriarches, à savoir, dans l’ordre de préséance : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem.

Persuadé d’être comme les empereurs d’autrefois le représentant du Christ sur la Terre, il nommait papes et patriarches et traitait les uns et les autres comme des fonctionnaires impériaux, des subalternes, se réservant les décisions non seulement dans les questions d’organisation ecclésiastique, mais aussi de dogme et de liturgie, convoquant des conciles et rédigeant des traités théologiques.

Comme l’a montré la question monophysite qui divisait Orient et Occident, il n’y avait pas à l’époque de distinction précise entre vie religieuse et vie politique.

Après que Justinien Ier eut repris l’Italie, l’empereur Maurice (582-602) transféra son représentant, l’exarque, à Ravenne, laissant ainsi au Pape le soin de défendre Rome.

C’est alors que naquit la Papauté médiévale avec le pape Grégoire Ier (590-604).

Né à Rome vers 540 dans une riche famille patricienne, celui-ci devint préfet de la ville de Rome avant de séjourner quelques années comme ambassadeur à Constantinople.

Comme le voulait la coutume, il fut nommé par l’Empereur et son choix fut ratifié par les évêques.

À de nombreuses reprises, Grégoire mit l’Empereur en garde contre la nouvelle menace que faisaient planer sur l’Italie les Lombards ariens venant du Nord.

Et lorsque Agilulf se présenta devant la Ville éternelle, le pape prit sur lui d’entrer en négociations avec lui malgré les protestations de l’Empereur, qui le traita de « sot », et de l’exarque Romanus qui refusa de reconnaître les ententes conclues entre le Pape et le chef lombard.

Pour la première fois, on vit avec Grégoire Ier un pape s’opposer à l’Empereur, non plus sur des points de foi ou de dogme, mais sur des questions juridiques.

Si le pape se reconnaissait sujet de l’Empereur, il n’en revendiquait pas moins la prééminence de la Papauté sur tous les patriarcats, tant sur le plan spirituel que disciplinaire.

Il intervint ainsi dans les affaires internes des patriarcats de Constantinople et d’Orient et s’insurgea contre le titre de « patriarche œcuménique » que s’était attribué le patriarche Jean le Jeûneur de Constantinople sous le règne de son prédécesseur, Pélage II (579-590).

L’avance des Lombards se faisant de plus en plus inexorable, le pape Étienne II (752-757) appela au secours Pépin le Bref (751-768) qu’il avait sacré roi des Francs deux ans plus tôt.

Ce dernier remit au Pape les terres dont les Lombards s’étaient emparés, y compris l’exarchat de Ravenne : ce fut le début des États pontificaux, créés à partir de territoires byzantins.

Quelques années plus tard, le roi lombard Didier ayant dénoncé le traité conclu avec Étienne II, le pape Adrien Ier (772-795) résolut de faire appel à Charlemagne (768-814).

Répondant à cet appel, Charlemagne traversa une première fois les Alpes, défit le roi Didier en 774 à Pavie et confirma les dons de son père.

Selon Kazhdan, Adrien cessa de reconnaître la souveraineté de Constantinople sur Rome à un moment non précisé de son règne.

Les relations entre la Papauté et l’Empire byzantin se détérioraient.

Le rapport du concile qu’avaient dressé les légats du pape était loin d’être positif : on avait retranché du message papal lu devant l’assemblée des évêques les passages où celui-ci s’élevait contre la nomination du patriarche Tarasse et l’utilisation par celui-ci du titre de « patriarche œcuménique », pas plus que n’avait été mentionné le retour à la juridiction papale des évêchés d’Italie du Sud, de Sicile, de Sardaigne et de l’ancien Illyricum.

Quatre ans après son élection, le nouveau pape, Léon III (795-816), fut victime d’un complot organisé par de jeunes nobles et ne dut son salut qu’à sa fuite vers la cour de Charlemagne à Paderborn.

De retour à Rome sous la protection de Charlemagne, qui devait agir comme juge, il fut accusé de simonie, parjure et adultère.

Le 23 décembre, le pape jura solennellement qu’il était innocent de ces accusations et deux jours plus tard, il couronna Charles en le proclamant « imperator Augustus ».

Ce faisant, le pape renversait la situation et se donnait le droit d’investir l’Empereur des Romains, ce qui sous-entendait la supériorité de l’Église sur l’Empire.

Il pouvait alors justifier cette autorité par un faux document, la donation de Constantin, selon lequel Constantin, reconnaissant la primauté du pape d’alors, Sylvestre (314-335), lui aurait donné le droit de concéder la couronne impériale à qui bon lui semblerait.

Ce faux, fabriqué au sein de la curie au tournant du siècle, justifie les prétentions de la Papauté jusqu’à ce qu’il soit dénoncé au milieu du XVÈME siècle par un humaniste de la Renaissance, Lorenzo Valla.

Sur le schisme de Photius

Ce schisme politico-religieux, qui n’affecta que le patriarcat de Constantinople mais qui devait être la cause indirecte du schisme de 1054, fut le résultat de la chute du patriarche Ignace et de sa protectrice, l’impératrice Théodora.

Le nouvel empereur, Michel III (842-867), fit remplacer Ignace par Photius (858-867/877-886), un laïc haut-fonctionnaire responsable de la chancellerie impériale.

Celui-ci reçut tous les ordres ecclésiastiques en six jours de façon à être intronisé pour les fêtes de Noël 858.

Choqué par cette procédure, le pape Nicolas Ier (858-867) décida trois ans plus tard d’envoyer des légats à Constantinople avec mission d’enquêter sur ces irrégularités.

Il se disait prêt à passer l’éponge sur celles-ci pourvu que l’Italie du Sud, la Sicile, la Sardaigne et l’ancien Illyricum soient replacées sous la juridiction du patriarcat d’Occident.

Or l’Illyricum recoupait la majorité des Balkans, où la Bulgarie et la Moravie à l’Ouest songeaient à se convertir au christianisme.

Constantinople ne pouvait accepter ces conditions. Aussi un concile tenu à Rome en 863 décréta qu’Ignace était toujours le patriarche légitime et réduisit Photius au rang de laïc.

Ce n’est que deux ans plus tard que l’Empereur rompit le silence dans une lettre qui rappelait au pape qu’il avait été invité à envoyer des délégués pour discuter de l’iconoclasme et non des affaires intérieures du patriarcat de Constantinople.

La réponse du pape Nicolas montrait à quel point la mésentente était grande entre les deux Églises : il y affirmait que seul le pape pouvait convoquer un concile et que sans sa permission nul patriarche ne pouvait être nommé ou déposé.

De plus, l’autorité de Rome s’étendait « super omnem terram, id est, super omnem ecclesiam » ; en tant que pape, il avait donc le pouvoir de juger du cas d’Ignace.

À la même époque, le tsar Boris, qui avait demandé en vain l’envoi d’un patriarche grec, se tourna vers Rome qui se hâta de lui envoyer des missionnaires francs, lesquels professaient le Credo en y incluant la formule du Filioque.

Furieux, Photius convoqua un synode qui déclara le pape déposé et anathématisé en 867.

Sur ces entrefaites, l’empereur Basile le Macédonien (867-886) renversa Michel III et s’empara du pouvoir, tout prêt à sacrifier Photius pour être reconnu par le pape et le parti des Ignatiens.

Ignace fut donc réinstallé en novembre 867. À peu près à la même époque, le pape Nicolas mourut et fut remplacé par Adrien II (867-872).

Un synode se tint à Saint-Pierre de Rome en 869 qui condamna Photius et le synode de 867, ne reconnaissant les évêques qui l’avaient appuyé que s’ils signaient un « libellus satisfactionis » qui affirmait que la Foi avait été maintenue par la Papauté.

Après quoi, le Pape envoya des légats à un concile devant se tenir à Constantinople à l’automne.

Contrairement aux attentes de Rome, non seulement les évêques se montrèrent-ils hostiles au libellus, mais le concile conclut que l’accord des cinq patriarches était nécessaire pour toute décision de nature théologale (canon 21).

La Papauté fut à nouveau défaite lorsque la question du siège dont relèverait la Bulgarie fut mise aux votes : le concile décida qu’il appartenait à l’Empereur de trancher la question.

Le pape était près d’excommunier Ignace lorsque celui-ci mourut en 877.

L’Empereur choisit alors de réinstaller Photius dont il avait appris à apprécier les talents.

Ce dernier pour sa part voulait une réconciliation avec Rome, tout comme le pape Jean VIII (872-882).

Un nouveau concile fut donc tenu à Constantinople en 879 qui annula les actes du concile de 869, affirma la parfaite orthodoxie de Rome, tout en anathématisant ceux qui ajouteraient quelque chose au Credo de Nicée (autre effet des difficultés linguistiques, le grec des légats n’était peut-être pas suffisant pour qu’ils sachent ce qu’ils signaient).

Par ailleurs, l’Empereur envoya un message assignant l’Église de Bulgarie à Rome — ce que refusa le tsar bulgare.

L’harmonie était ainsi retrouvée entre Rome et Constantinople de telle sorte que lorsqu’un nouveau schisme se déclara, à l’intérieur du patriarcat de Constantinople cette fois, concernant le quatrième mariage de l’empereur Léon VI (886-912), le tact du patriarche et la prudence du pape évitèrent tout nouveau conflit.

Conférence de Sa Sainteté Benjamin Premier Abboud sur le schisme de 1054


Mes bien-aimés,

Nous parlons aujourd’hui du Schisme de 1054 et de son évolution jusqu’à la première croisade.

Nous commençons par les causes religieuses dont la querelle du Filioque.

Nous avons constaté que la fin du schisme de Photius marqua le début d’une période d’apaisement entre les deux hiérarchies.

Cette période fut aussi le point de départ d’une autre querelle à l’origine du schisme de 1054 : la querelle du Filioque.

Dans une Encyclique aux patriarches de l’Est, le patriarche Photius dénonçait cet ajout au credo de Nicée par l’Église d’Occident qu’il accusait d’hérésie.

Le Credo de Nicée (325) disait simplement que Dieu le Fils « procédait » du Père et restait silencieux sur la nature du Saint-Esprit.

Cet ajout (« ex patre filioque procedit ») affirmait que le Saint Esprit procédait à la fois du Père et du Fils.

Cette expression avait été adoptée au IIIème concile de Tolède en 589 pour contrer l’arianisme prévalant alors en Espagne wisigothique jusqu’à la conversion du roi Récarède.

À partir de là, elle fut adoptée en Gaule pour lutter contre les chefs francs qui étaient tous ariens sauf Clovis, qui s’était converti au catholicisme romain.

Charlemagne, dans sa lutte contre les autres chefs francs, voulut faire pression pour qu’elle soit introduite dans le Credo, ce à quoi s’opposa fermement le pape Léon III (795-816).

Au cours du IXÈME siècle, la formule fut progressivement adoptée par les Églises d’Allemagne et de Lorraine.
Des clercs allemands l’apportèrent à Rome.

L’influence allemande grandissant à Rome, un des successeurs de Léon III, le pape Benoît VIII (1012-1024), qui avait désespérément besoin de l’appui du Saint-Empire romain germanique dans la lutte qui l’opposait aux grandes familles romaines, finit par s’y résoudre 200 ans plus tard, lorsque l’empereur Henri II alla se faire couronner à Rome.

L’hostilité à l’endroit de l’influence allemande aidant, c’est moins la question de la procession du Saint Esprit qui faisait problème que de savoir si le Pape était habilité à imposer seul une telle décision à l’ensemble de l’Église.

Pour les Orientaux, le symbole de Nicée ayant été adopté par un concile réunissant toutes les Églises ne pouvait être modifié que par un autre concile œcuménique.

On glissait ainsi du plan théologique au plan de l’administration de l’Église. Dans son édit 131, l’empereur Justinien avait promulgué que le gouvernement de la chrétienté serait confié aux cinq patriarches de l’Église (« Pentarchie ») sous l’égide d’un empire universel. Rome se voyait concéder la primauté en raison de son lien historique avec la capitale impériale.

Tel que mentionné plus haut, il s’agissait donc d’une primauté d’honneur allant à la ville et non à l’individu qui y occupait le poste de patriarche.

Du reste, cette primauté d’honneur n’était définie nulle part et n’impliquait aucune suprématie sur les autres patriarches, qui restent indépendants concernant leurs affaires intérieures.

En Occident, les invasions avaient fait du Pape l’unique force pouvant tenir tête aux Barbares.

Celui-ci était ainsi naturellement devenu non seulement le guide spirituel, mais aussi temporel des chrétiens d’Italie.

Et si, comme on l’a vu avec Charlemagne, la Papauté eut besoin de l’aide matérielle de l’Empereur des Romains pour maintenir son pouvoir temporel sur la ville de Rome, elle tente de s’en émanciper dès que le Saint-Empire romain est créé.

L’harmonie qui régna entre l’empereur des Romains Otton Ier (962-973) et le Pape d’alors fut remplacée dans les siècles suivants par une opposition croissante entre les deux.

Le pape Grégoire VII (1073-1085) parvient à humilier l’empereur germanique Henri IV (1084-1105) à Canossa en 1077 et publia le Dictatus Papæ, un recueil de 27 propositions affirmant la suprématie papale, incluant le pouvoir de nommer et de rejeter les souverains temporels et se réservant le titre exclusif de souverain « universel » ou œcuménique, une allusion directe à son collègue de Constantinople.

Si ces sujets concernaient surtout les hautes sphères de la hiérarchie, la question du célibat ecclésiastique, imposé par Grégoire VII à toute l’Église sans concertation avec les autres évêques de la « Pentarchie », touchait l’ensemble du clergé et traduisait l’influence des réformateurs de Lorraine qui avaient l’appui de l’Empereur germanique et de ceux de l’abbaye de Cluny.

De même, à leurs yeux, les critiques adressées par le patriarcat d’Occident aux patriarcats de Constantinople et d’Orient concernant l’utilisation du pain avec levain, le jeûne du samedi durant la période du carême ou le baptême par une immersion au lieu de trois étaient autant de preuves que le patriarcat d’Occident voulait leur imposer ses propres coutumes germaniques et ignorait complètement leur propre développement historique.

Oisif et paralytique, l’empereur byzantin, le basileus Constantin IX Monomaque ne quittait guère le palais à Constantinople et voyait dans la dignité impériale une retraite dorée lui permettant de s’amuser.

Ne demandant que la paix et la tranquillité, il désirait maintenir l’alliance avec Rome contre les Normands qui avaient conquis les territoires byzantins du Sud de l’Italie.

En 1051, le pape Léon IX s’empare de Bénévent après que Pandolf III en ait été chassé.

En 1053, les Normands menacent de récupérer la principauté de Bénévent. Représentant authentique de la réforme clunisienne, le pape Léon IX était dans un dilemme.

S’il désirait l’alliance des Byzantins pour lutter contre les Normands, il ne voulait nullement voir ces territoires retourner sous l’autorité de Constantinople.

Le pape forme une armée avec les Byzantins et lance la bataille de Civitate le 18 juin 1053.

Vaincu par les Normands, le pape est emmené en captivité pendant neuf mois à Bénévent, où il commença l’étude du grec.

Les Normands autorisèrent son premier secrétaire, le cardinal Humbert, à venir l’assister.

En mars 1054, le pape fut libéré et retourna à Rome.

Depuis que le pape Benoît VIII avait fini par se résoudre au Filioque en l’an 1014, le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire persistait d’accuser cette doctrine d’hérésie et fit fermer les églises latines à Constantinople.

Le cardinal Humbert réussit à convaincre le pape Léon IX d’envoyer des légats à Constantinople pour tenter un rapprochement entre l’Église latine et l’Église de Constantinople, ouvrant la voie à une coopération politique sur les territoires d’Italie du Sud.

Humbert rédigea à cette fin deux lettres pour la signature du pape. L’une, destinée au patriarche de Constantinople, Michel Cérulaire, jetait le doute sur la canonicité de son élection, rejetait les accusations de Cérulaire contre l’Église latine et l’accusait de s’ingérer dans les affaires des Église d’Antioche et Jérusalem.

L’autre, destinée à l’Empereur byzantin, le basileus Constantin IX, traitait surtout de questions politiques, mais sa dernière phrase se plaignait de la conduite du patriarche Cérulaire.

Formée de trois légats : Humbert, Pierre d’Amalfi, archevêque d’Amalfi (territoire byzantin) et du cardinal Frédéric de Lorraine, chancelier du Saint-Siège et futur pape Étienne IX (règne 1057 – † 1058), la délégation partit pour Constantinople en avril 1054.

Le pape Léon IX mourut le 19 avril 1054.

Durant le voyage, Humbert apprend la nouvelle par pigeons voyageurs. La nouvelle parvint à Constantinople quelques semaines plus tard.

La délégation possède un écrit plénipotentiaire lui permettant d’excommunier ses contradicteurs si les négociations n’arrivaient pas à aboutir.

Le mandat des légats n’est plus valable du fait de la mort du pape.

En vertu des précédents, les légats du pape auraient dû retourner à Rome chercher de nouvelles instructions du successeur de Léon IX.

Une fois arrivé à Constantinople, Humbert aurait pu attendre des instructions quant à la manière de mener au mieux la négociation dont il a été chargé.

Insatisfaits dès l’abord de l’accueil qu’ils reçurent, les légats du pape se rendirent d’abord chez le patriarche Cérulaire, où ils lui remirent avec hauteur la lettre qui lui était destinée avant de se retirer sans échanger les compliments d’usage.

Le patriarche fut choqué du ton de la lettre et mit en doute le statut de la délégation.

La délégation, toutefois, reçut un accueil très cordial du basileus Constantin IX, alors que le patriarche décidait simplement de l’ignorer et de ne plus avoir de contact avec elle.

Le climat se dégrada avec la publication de la lettre du pape Léon IX ainsi que de deux documents qu’Humbert avait apportés avec lui.

La lettre du pape provoqua une réponse, polie mais ferme, d’un moine du monastère de Studium du nom de Nicetas Stethatus.

Elle provoqua la fureur du cardinal Humbert qui répondit par un torrent d’insultes.

Inquiet pour l’avenir de l’entente qu’il souhaitait, l’empereur Constantin IX força le moine à se rétracter et consentit même à discuter avec le cardinal Humbert de la question du Filioque, alors que le patriarche Cérulaire continuait à garder le silence et que le peuple s’irritait de cette ingérence dans les affaires de son patriarcat.

Mais l’élection d’un nouveau pape tardait. Alors le samedi 16 juillet 1054, les trois ex-légats se rendirent à la basilique Sainte-Sophie alors que l’on s’apprêtait à célébrer l’office de l’après-midi.

Devant les fidèles, Humbert, sans mot dire, dépose sur l’autel de la basilique une bulle excommuniant le patriarche Cérulaire et ses assistants.

Les légats repartent non sans avoir symboliquement secoué la poussière de leurs souliers.

Deux jours plus tard, ils quittaient Constantinople après avoir pris congé de l’empereur Constantin IX, lequel, toujours aussi courtois, les combla de présents.

Le rapport que fit le cardinal Humbert de sa mission fut reçu avec enthousiasme, l’anathème prononcé contre le patriarche Cérulaire étant vu comme la juste rétribution des accusations grecques contre l’Église latine. Le cardinal conserva sa place comme chef de file de la curie romaine.

Fort de l’appui de son Église, le patriarche Cérulaire alla se plaindre à l’empereur Constantin IX pendant que la population ameutée grondait contre cette insulte au patriarcat de Constantinople.

L’Empereur dut annoncer que la bulle incriminée serait solennellement brûlée.

Le dimanche 24 juillet, un synode convoqué à la hâte jeta l’anathème sur le cardinal Humbert et ses assistants, sans mentionner toutefois le pape ou l’Église d’Occident en général, espérant sans doute une déclaration du prochain pape à l’effet que la délégation avait outrepassé ses pouvoirs.

Si crise il y avait à Constantinople, il s’agissait plutôt d’une crise interne dans laquelle le patriarche avait marqué des points contre le basileus soupçonné de sympathies pro-latines.

Le principal résultat devait être une acrimonie grandissante entre les patriarcats d’Occident (Église d’Occident) et de Constantinople qui se traduisit à Constantinople par la publication d’un pamphlet intitulé contre les Francs.

En dépit de son caractère spectaculaire, cet épisode ne fut considéré à Constantinople que comme l’une des péripéties qui marquaient de plus en plus souvent les relations entre les hauts dirigeants des deux Églises : les excommunications étaient dirigées vers leurs dignitaires et non contre les deux Églises elles-mêmes, il n’y avait donc pas de schisme à proprement parler.

La réaction fut plus marquée en Occident où les réformes entreprises par les empereurs allemands pour restaurer la crédibilité et l’influence morale de la papauté portaient fruit.

Ce ne fut qu’en septembre 1054 qu’Henri III nomma un nouveau pape en la personne de Victor II (pape de 1055 à 1057), évêque d’Eichstatt en Allemagne.

Il ne devait arriver à Rome qu’au mois d’avril 1055, ignorant probablement tout de cette délégation.

L’année 1054 marque traditionnellement le schisme entre les églises occidentale et orientale, même si la portée réelle de l’évènement est mineure et que les relations diplomatiques perdureront encore deux siècles entre les deux sièges.

De 1054 à la première croisade

Cet incident ne mit nullement un terme aux négociations politiques dont le Saint-Siège espérait une aide militaire pour contenir des Normands dont la progression semblait irrésistible.

Le basileus pour sa part voyait dans une intervention du Saint-Siège le seul espoir de maintenir une apparence de souveraineté sur les territoires du Sud de l’Italie.

Les églises latines de Constantinople furent rouvertes et le successeur de Léon IX, Victor II, envoya une lettre très amicale à l’impératrice Théodora (qui avait entretemps prié le patriarche de limiter son activité aux affaires de l’Église) lui demandant de réduire les taxes frappant les pèlerins se rendant à Jérusalem, politique amicale que poursuivit également son successeur, Étienne IX.

Le pape envoya une délégation à Constantinople pour discuter de ces points, mais celle-ci avait tout juste atteint Bari qu’arriva la nouvelle de la mort du pape.

Instruits par les évènements de 1054, les délégués retournèrent prudemment à Rome.

Son successeur, Nicolas II (pape de 1058 à 1061) accéda au trône pontifical grâce à l’influence du futur Grégoire VII et mena une politique anti-impériale (entendre contre l’empereur germanique).

Il affranchit la papauté en 1059 de la tutelle impériale en remettant l’élection du pape entre les mains du seul collège des cardinaux et interdit la nomination des évêques sans l’approbation du pape.

Réalisant que la domination normande sur le Sud de l’Italie était un phénomène irréversible, il se rendit la même année en Italie du Sud et reçut les serments de fidélité des princes normands Richard Ier d’Aversa et Robert Guiscard.

Bien que ce geste ait été dirigé contre l’empire germanique, il provoqua un ressentiment considérable à Constantinople.

Sans parler de schisme, on se rendait bien compte que les deux Églises n’étaient plus sur la même longueur d’onde et que la question d’une « réunification » s’imposait.

Toutefois, le terme même de réunification n’avait pas la même signification dans les deux capitales.

Le nouveau pape, Grégoire VII (pape de 1073 à 1085, un règne beaucoup plus long que ceux de ses prédécesseurs immédiats), développait la théorie selon laquelle le pouvoir spirituel du pape s’étendait au domaine politique et que la papauté était à l’empereur et aux autres monarques européens ce que le Soleil était par rapport à la Lune.

Cette doctrine ne pouvait être acceptée à Constantinople, qui tenait depuis longtemps que l’autorité suprême de l’Église en matière doctrinale résidait dans un concile œcuménique où toutes les Églises étaient appelées à participer, et en matière de gouvernance entre les mains de la pentarchie, c’est-à-dire du collège formé par les patriarches de Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem.

Si le patriarche de Rome avait droit à une primauté d’honneur vaguement définie, il en allait de même de l’empereur de Constantinople, au titre de vice-roi de Dieu sur terre.

À partir de ce moment, la réunification des Églises devint un sujet de négociation perpétuel jusqu’à la chute finale de Byzance.

En 1078, soit vingt-quatre ans après l’incident de 1054, le basileus Michel VII (né vers 1050 – † 1090) fut renversé par une révolution de palais qui porta au trône Nicéphore Boteniatès (règne de 1078 à 1081), lequel annula la promesse de mariage entre le fils de Michel VII et la fille de Robert Guiscard.

Furieux, celui-ci annonça qu’on avait trouvé à Rome le malheureux Michel VII évadé de Constantinople.

Le pape prit fait et cause pour ce prétendant et excommunia solennellement l’empereur Boteniatès : c’était la première fois depuis plusieurs siècles qu’éclatait une rupture formelle des liens entre la papauté et la cour impériale de Constantinople.

Encore une fois, l’épisode n’eut pas tellement de répercussions, Constantinople s’enfonçant dans une guerre civile dont Alexis Comnène (règne de 1081 à 1118) sortit vainqueur.

Mais lorsque le pape excommunia également ce dernier et que celui-ci, après avoir fait fermer les églises latines de Constantinople, chercha un rapprochement avec Henri IV qui luttait contre Grégoire VII et ses alliés normands, un changement subtil d’alliances se produisit : jusqu’alors, lorsque les choses allaient mal entre le basileus et le patriarche, le premier pouvait toujours s’appuyer sur Rome pour forcer le patriarche à adopter son point de vue.

À partir de ces deux excommunications, basileus et patriarche commencèrent à faire front commun contre Rome.

Les choses changèrent avec la mort de Grégoire VII et l’élection d’Urbain II (pape de 1088 à 1099).

Le pape, qui voyait dans l’Église byzantine le seul moyen de délivrer les Églises d’Orient du joug des Turcs, prit l’initiative en envoyant une ambassade au basileus, lui demandant de faire rouvrir les églises latines et de rétablir le nom du pape dans les diptyques de Constantinople ; en même temps, il levait l’excommunication qui pesait sur Alexis Ier.

Tout aussi désireux d’avoir l’appui du pape dans la lutte contre les Turcs, Alexis invita le pape dans sa réponse à venir tenir un concile à Constantinople pour régler ces questions.

Le basileus obtint du synode patriarcal que le nom du pape soit rétabli dans les diptyques pourvu que, comme le voulait l’usage, le pape envoyât sa lettre systatique ou profession de foi aux autres patriarches.

Dans la lettre qu’il envoya au pape, le patriarche Nicolas III confirmait que les églises latines étaient rouvertes et pouvaient utiliser le rite qu’elles désiraient.

De plus il affirmait qu’il n’existait pas de schisme entre les deux Églises.

Le pape, satisfait de cette réponse, passa outre au fait que le patriarche le qualifiait de « frère » et non de « père » et, s’il n’envoya jamais la lettre systatique demandée, c’était sans doute pour éviter de soulever la question du Filioque.

S’ensuivit une décennie de paix et d’amitié entre les deux Églises.

Hélas, la bonne volonté manifestée par le pape fut aussi la cause d’un terrible malentendu.

Pour Urbain II, l’union entre les Églises d’Orient et d’Occident signifiait aussi une union contre l’islam.

Or, l’idée même de croisade était étrangère à la pensée byzantine. Alors que le pape appelait à un grand rassemblement des peuples chrétiens pour reconquérir Jérusalem et la Palestine.

Alexis désirait surtout l’aide d’un nombre restreint de chevaliers bien aguerris pour combattre non l’Islam en général, mais les Turcs qui grugeaient son empire.

De plus, l’idée même d’une guerre sainte était inacceptable pour les Byzantins qui ne pouvaient concevoir de guerre « juste » même si elle pouvait s’avérer nécessaire et qui s’étonnèrent toujours de voir les aumôniers accompagner les soldats et, plus encore, des évêques diriger des troupes.

Ce malentendu initial devait accroître l’hostilité entre chrétiens d’Orient et d’Occident.

À l’indiscipline et à la totale inutilité des troupes de paysans conduites par Pierre l’Ermite, succéda la hargne et les pillages des militaires conduits par Godefroi de Bouillon, Baudouin de Boulogne, Hugues de Vermandois et autres chevaliers francs.

Pour leur part, les autorités byzantines ne virent dans les chefs croisés que des mercenaires pouvant les aider à rétablir les frontières de l’empire byzantin aussi bien en Europe qu’en Asie.

Benjamin Premier Abboud annonce l’ordination épiscopales de deux prêtres à Haïti le 2 février 2019

Nouvelles de l’Église de l’Unité

Le synode pour les Caraïbes aura lieu du 30 janvier au 1er février 2019 et le sacre des deux nouveaux évêques par imposition des mains de Sa Sainteté Benjamin Premier Abboud aura lieu le 02 février 2019 au Port-au-Prince.

من أخبار كنيسة الوحدة

السينودوس المقدس لكنيسة الوحدة في جزر الكاراييب سيلتئم ما بين ٣٠ كانون الثاني ٢٠١٩ والأول من شهر شباط ال ٢٠١٩. سيامة الأسقفين الجديدين ستتم بوضع يد صاحب القداسة بنيامين الأول عبود بتاريخ الثاني من شهر شباط ٢٠١٩ في عاصمة جزيرة آيتي (Port-au-Prince )

Acte Patriarcal
Protocole n° 249/9/HAÏTI/2018 du 24 septembre 2018

Incardination du clergé de la communauté MARIE REINE MERE DE DIEU MERE DES HOMMES

Nous,

Par la grâce de Dieu et l’autorité du Patriarcat de l’Eglise de l’Unité, Sa Sainteté BENJAMIN PREMIER ABBOUD, Patriarche de l’Eglise de l’Unité, Métropolite de Belgique et Archevêque de Bruxelles,

Considérant, d’une part, que le vicaire apostolique pour Haïti et pour les Caraibes a demandé de rejoindre l’Eglise de l’Unité avec tous ses pêtres, diacres, séminariste ainsi qu’une religieuse dénommée sœur Floreinne Bertrand ;

Considérant, d’autre part, que ce vicaire apostolique, le Révérend Père Etzer Valmy NATOUX pour Haïti et pour les Caraibes a sollicité son incardination au sein du Patriarcat de l’Eglise de l’Unité ainsi que celle des prêtres et diacres de son église dont :

– le Révérend Père Ivon CESAR,
– le Reverend Père THESEE William,
– le Reverend Pere Emmanuel Pierre Roody MILORME et,
– le Père diacre Emmanuel Regis,

Que le Révérend Père Etzer Valmy NATOUX a fait parvenir au Patriarcat de l’Eglise de l’Unité toutes les lettres missoriales le concernant ainsi que la lettre concernant son éléction épiscopale par son église mère et toutes les pièces requises par la Chancellerie ;

Considérant, in fine, que cette demande est conforme aux Règles constitutionnelles et aux dispositions du Code de Droit Canonique de l’Eglise de l’Unité ;

Décidons,

• D’une part, d’incardiner Monseigneur Etzer Valmy NATOUX, le Révérend Père Ivon CESAR, le Reverend Père THESEE William, le Reverend Pere Emmanuel Pierre Roody MILORME, le Père diacre Emmanuel Regis et,
• D’autre part, de confirmer l’élection épiscopale de Monseigneur Etzer Valmy NATOUX.

Cet acte produira son effet aujourd’hui-même le 24 septembre 2018.

Nonobstant toutes choses contraires.

Fait au Patriarcat de l’Eglise de l’Unité en trois exemplaires originaux, le 24 septembre 2018, sous notre seing et notre sceau.

Pour le Patriarcat de l’Eglise de l’Unité

Le Patriarche

Benjamin Premier Abboud
Métropolite de Belgique
Archevêque de Bruxelles

Conférence de Sa Sainteté Benjamin Premier Abboud sur l’Église latine d’Orient


Mes bien-aimés,

Nous parlons aujourd’hui des Croisades et de l’instauration de l’Église latine d’Orient.

Sur l’empire latin de Constantinople.

Lorsque les croisades débutèrent, les deux Églises maintenaient des relations froides mais polies.

Chacune d’elle conservait son indépendance dans sa propre sphère géographique sans qu’il soit question de schisme entre elles.

Les enjeux étaient effectivement considérables : Constantinople ne perdait pas tout espoir de reprendre pied en Italie du Sud grâce à l’hostilité entre la papauté et l’empereur germanique alors que le pape espérait toujours pouvoir replacer l’Église d’Orient dans son giron.

Ainsi, Alexis proposa en 1112 de venir à Rome recevoir la couronne impériale et envoya au pape un projet de réunion des Églises — admettant ainsi qu’il existait tout de même une certaine séparation.

Mais, comme il arrivera maintes fois jusqu’au concile de Lyon et au concile de Florence, l’idée achoppa dès que l’on passa du plan diplomatique au plan théologique.

Au début, grâce surtout à la diplomatie du représentant papal, Adhémar du Puy, tout alla bien.

Lors de la prise d’Antioche par Bohémond de Tarente (vers 1054 – † 1111), le patriarche Jean l’Oxite avait eu à subir de nombreux sévices de la part des Turcs.

Il fut rétabli sur le trône patriarcal par les croisés et les chroniqueurs du temps firent l’éloge de son courage.

Dans la cathédrale Saint-Pierre d’Antioche les offices religieux étaient célébrés suivant les usages aussi bien latins que grecs.

Vers la même époque, Adhémar du Puy prit aussi contact avec le patriarche de Jérusalem en exil à Chypre et rédigea même au nom de Siméon une lettre dans laquelle ce dernier était présenté comme le supérieur de tous les évêques, grecs aussi bien que latins.

Malheureusement, Adhémar du Puy devait s’éteindre en 1098 ; ses successeurs firent preuve d’une bien moins grande largesse d’esprit.

Lorsque les croisés capturèrent Jérusalem, le patriarche Siméon était décédé et ses évêques en exil.

Ils choisirent donc l’un des leurs comme patriarche. Arnold de Choques fut ainsi le premier patriarche latin de Jérusalem.

Sa nomination se révéla une grave erreur, puisqu’il ira jusqu’à torturer les moines orthodoxes pour leur faire confesser où ils avaient caché la Vraie Croix lors du départ de Siméon pour Chypre.

Son successeur, Daimbert de Pise, fit pis encore : il tenta de réserver l’église du Saint-Sépulcre à l’usage exclusif des Latins et chassa les orthodoxes de leurs établissements à Jérusalem et dans ses environs.

Toutefois, le roi Baudoin Ier (1171, emp. latin 1194 – † 1205 ou 1206) se hâta de rétablir les Grecs dans leurs droits.

Après lui, la couronne se fit le défenseur des intérêts du peuple contre le clergé latin.

Toutefois, si les relations demeurèrent tendues entre les deux communautés, il est évident qu’à la fin du XIÈME siècle, tant à Rome qu’à Constantinople, les autorités des deux Églises ne considéraient pas qu’il y avait schisme entre elles.

Les choses ne changèrent guère non plus à Alexandrie qui ne faisait pas partie des territoires occupés par les Latins.

Par contre, à Jérusalem et à Antioche, les autorités franques s’attendaient à ce que l’épiscopat grec acceptât l’autorité de la nouvelle hiérarchie latine, sans pour autant que le moyen et le bas clergés n’ait semblé affecté, la barrière linguistique constituant une protection efficace pour son autonomie.

Si leurs cathédrales furent confisquées, ils purent conserver leurs églises où la liturgie était célébrée selon leur rites, en grec ou en syriaque ; les monastères demeurèrent ouverts et purent accueillir pèlerins grecs et latins.

Sur le Premier schisme d’Antioche

Ce fut à Antioche que les choses se gâtèrent. La capture d’Antioche par Bohémond de Tarente, le fils de Robert Guiscard, mettait le patriarche Jean dans une situation impossible.

Bohémond savait que l’empereur tenterait de reprendre la ville et que le patriarche et le peuple prendraient son parti ; Bohémond traita le malheureux patriarche sans ménagement.

Lorsque des évêques latins furent nommés aux sièges de Tarse, Artah, Mamistra et Édesse, ils se rendirent à Jérusalem pour être consacrés par le patriarche latin Daimbert, ignorant l’existence et les droits du patriarche grec d’Antioche.

Jean quitta donc Antioche pour se réfugier à Constantinople avec le haut clergé où il démissionna ; l’empereur et le haut clergé lui choisirent un successeur grec.

À partir de 1100, il y eut donc deux patriarches pour la Palestine, un patriarche latin occupant effectivement le siège et un patriarche grec en exil, chacun se réclamant de la succession apostolique.

C’est à partir de ce moment que le schisme prit vraiment corps.

Si l’existence de deux patriarches pour le territoire d’Antioche fut la première manifestation d’un schisme, l’appui donné par le pape Pascal II à Bohémond fut la deuxième.

Les relations entre Rome et Constantinople se dégradèrent lorsque Baudoin Ier écrivit au pape Pascal II (règne de 1099 à 1118) en 1102 pour se plaindre du manque de collaboration de l’empereur Alexis.

Furieux, le pape prit position pour les Latins et, lorsque Bohémond de Tarente se rendit à Rome, il n’eut aucune difficulté à convaincre celui-ci de la trahison des croisés par le basileus et de la nécessité de prêcher une croisade, non plus contre les Turcs mais contre Constantinople.

Le pape avait bien dans le passé excommunié les empereurs Nicéphore et Alexis, mais cette excommunication touchait les deux hommes, non leur peuple, tout comme l’excommunication de l’empereur Henri par Grégoire VII ne s’étendait pas à l’ensemble de l’empire germanique.

Prêcher une croisade contre l’Empire et par conséquent contre l’ensemble des orthodoxes équivalait à considérer ceux-ci comme schismatiques au même titre que les infidèles.

Cette croisade se solda par un fiasco. Bohémond dut se reconnaître vassal du basileus et consentit au rétablissement de la ligne grecque au trône patriarcal.

Cet accord demeura toutefois lettre morte, Antioche étant alors aux mains du neveu de Bohémond, Tancrède, lequel n’avait nulle envie de devenir vassal de l’empereur et de voir le patriarcat retourner aux mains des Grecs.

Le schisme entre les patriarcats d’Orient et celui d’Occident se concrétisa ainsi avec la création par les croisés de patriarcats latins dans leurs propres colonies, existant parallèlement aux patriarcats grecs, chaque communauté ne se référant qu’à son propre patriarche.

Sur les Royaumes latins et la double hiérarchie épiscopale

Si les trois premiers Comnène, pour des motifs plutôt politiques que religieux, eurent soin de maintenir de bons rapports avec Rome, la période des croisades ne fit que renforcer l’animosité du peuple byzantin contre les occidentaux (Francs et marchands italiens), animosité reflétée et entretenue par la hiérarchie orthodoxe.

Sur le plan religieux, le renouveau de la papauté était vu à Constantinople comme une tentative arrogante de domination universelle, alors que l’addition du Filioque et certaines pratiques comme l’utilisation de pain sans levain pour l’eucharistie étaient perçues comme une volonté d’imposer unilatéralement les usages de l’Occident à l’ensemble de la chrétienté.

Sur le plan matériel, la population eut à souffrir de l’habitude des croisés de s’emparer de ce qu’ils voulaient, nourriture sur la route ou œuvres d’art dans les villes, alors que les croisés accusaient l’empereur et ses conseillers de traîtrise et de manque de coopération dans la reconquête des Lieux saints.

Tout au long de ces trois règnes, de nombreuses lettres, ambassades et discussions théologiques furent échangées montrant que, si crise il y avait, les parties désiraient à tout prix éviter une rupture finale et irrémédiable .

La deuxième croisade (1147-1149) devait élargir l’animosité existant entre les autorités politiques et religieuses aux peuples occidentaux et orientaux de la chrétienté.

Après avoir arraché Jérusalem aux mains des musulmans en 1099, les croisés avaient fondé quatre États latins (royaume de Jérusalem, principauté d’Antioche, comté d’Édesse et comté de Tripoli) qui se trouvèrent rapidement isolés en Orient.

Prêchée par Bernard de Clairvaux, cette croisade était conduite par le roi de France et l’empereur germanique et réunissait des princes de toute l’Europe occidentale.

Effrayé par la dimension de cette armée qui devait traverser son empire et redoutant une attaque de Roger II de Sicile (1095 – † 1154), l’empereur Manuel conclut une alliance avec le sultan seldjoukide Mas`ûd. Il fut aussitôt considéré comme traitre à la cause chrétienne par les croisés.

Durant leur passage dans les Balkans, les armées germaniques se livrèrent au pillage, si bien que lorsqu’elles arrivèrent, les armées françaises trouvèrent vides les points d’approvisionnement préparés par l’empereur à l’intention des croisés.

Les deux armées pillèrent les environs de Constantinople, provoquant la colère de leurs habitants.

Arrivés les premiers à Constantinople, les Allemands ignorèrent les avis du basileus et se dirigèrent vers Édesse à travers l’Anatolie où ils furent mis en déroute par les Turcs près de Dorylée.

Instruit par l’expérience germanique, le roi de France décida d’éviter l’Anatolie en choisissant un itinéraire plus long, appareillant pour la Syrie à bord de bateaux siciliens.

Mais Byzance étant en guerre avec la Sicile, des navires byzantins capturèrent les premiers, y compris les bagages du roi de France qui ne les put recouvrer que quelques mois plus tard.

Si la deuxième croisade n’eut pratiquement aucun résultat en Terre sainte, elle contribua ainsi à accroître considérablement la rancœur des croisés contre les Byzantins qu’ils accusèrent de complicité avec l’ennemi turc et de mauvaise foi à l’endroit des princes d’Antioche.

Les Byzantins pour leur part considérèrent les Francs et Germains comme barbares, indisciplinés et peu sûrs, jugement qui s’étendait à l’Église dont ils faisaient partie.

Il est à noter toutefois que les relations de Constantinople avec les princes latins d’Outremer (sauf pour Antioche), qui comprenaient mieux la géopolitique de la région), demeurèrent excellentes, et que même l’échec de l’expédition en Égypte conduite avec le royaume de Jérusalem en 1169 ne nuisit guère à leurs relations.

Les choses empirèrent encore avec la mort de Manuel en 1180.

En dépit des heurts mentionnés plus haut, l’attitude amicale du basileus pour tout ce qui venait d’Occident, notamment les privilèges octroyés aux marchands génois, vénitiens et pisans, avait provoqué l’ire de la population.

Elle se traduisit par une tentative de renverser l’impératrice-régente, une Italienne, un atroce massacre de Francs et d’Italiens à Constantinople en 1182 ainsi que le sac de toutes les églises latines et le meurtre du légat papal.

Quelque cinquante bateaux latins qui se trouvaient au port de Constantinople réussirent à appareiller avec réfugiés, soldats et marchands.

Trois ans plus tard, ils prirent leur revanche en mettant à sac Thessalonique.

Les relations entre Rome et Constantinople furent rompues et ne reprirent que lorsque le nouvel empereur, Andronic (1183 – † 1185), fut lui-même remplacé par son cousin, Isaac II Ange (1185-1195 et 1203-1204).

Mais l’alliance conclue par celui-ci avec Saladin continua à lui valoir la haine des Occidentaux, surtout après que Saladin eut conquis Jérusalem et eut réinstallé un patriarche grec dans la sainte cité en 1187.

La conquête de Chypre par Richard Cœur de Lion et la subordination du clergé grec au clergé latin dans l’ile aggrava encore cette rancœur.

C’est à cette époque que l’Église grecque produisit l’un de ses plus grands juristes, Théodore Balsamon (né vers 1130/1140, mort vers 1195/1200).

Nommé évêque d’Antioche (en exil puisque les Latins occupaient ce siège), il défendait des thèses hostiles à l’Église latine.

Pour lui, empereur et patriarche constantinopolitains étaient les deux principales autorités de l’Empire et la bonne entente entre les deux était essentielle.

Mais alors que le patriarche ne s’occupait que du bien-être spirituel de la population, l’empereur devait subvenir à la fois au bien-être spirituel et matériel du peuple, d’où sa prééminence sur le patriarche, Soumis seulement à la Foi telle que définie dans les sept conciles œcuméniques, il était donc supérieur au pape et ne pouvait soumettre l’Église byzantine à la volonté de Rome.

Pour lui, l’Église occidentale s’était depuis plusieurs années séparée de la communion des quatre autres patriarcats et était devenue étrangère à l’orthodoxie.

Si Balsamon et l’Église constantinopolitaine considéraient que l’Église de Rome s’était séparée des quatre autres Églises de la Pentarchie, il semble bien qu’à la fin du siècle les Latins considéraient pour leur part que l’Église de Constantinople, par son refus d’accepter la suprématie de Rome, était en état de schisme, même si ni l’une ni l’autre partie ne pouvait dire depuis quand précisément ce fossé s’était creusé.

La quatrième croisade devait mettre fin à cette incertitude. Le pape Innocent III (pape de 1198 à 1216) souhaitait la mise sur pied d’une croisade dès le début de son pontificat.

Pour lui, Byzance ne devait pas être prise par les armes, mais, après s’être soumise à Rome par l’union des Églises, devait se joindre aux autres forces chrétiennes pour reprendre la Terre sainte.

Toutefois, le contrôle de la croisade lui échappa dès que les croisés choisirent comme chef le marquis Boniface de Montferrat (né vers 1150, roi de Thessalonique de 1205 à 1207), ami de l’empereur germanique Philippe de Souabe qui refusait de reconnaître la suprématie pontificale.

Ne pouvant payer leur transport vers la Terre sainte, les croisés durent se plier aux désirs des Vénitiens et aider ceux-ci à reprendre la ville de Zara (aujourd’hui Zadar), possession du roi de Hongrie, fervent catholique.

Le pape comprit immédiatement son erreur initiale et excommunia les croisés.

À Zara, ils furent rejoint par le jeune Alexis, fils de l’empereur déposé Isaac Ange, qui s’était échappé de Constantinople pour se réfugier à la cour de Philippe de Souabe (né en 1177, roi des Romains de 1198 à 1208).

Pourvu qu’on l’aidât à récupérer le trône, il promit aux croisés une aide militaire et de vastes sommes d’argent ainsi que le passage de l’Église d’Orient dans l’obédience romaine.

Mais une fois Constantinople prise et le jeune Alexis installé sur le trône avec son père, il fut bien incapable de tenir ses promesses, les coffres étant vides, et fut renversé par un courtisan.

Croisés et Vénitiens se partagèrent alors l’Empire. Il fut entendu entre eux que si le trône impérial revenait à un croisé, le patriarcat irait aux Vénitiens et vice-versa.

Le doge Dandolo réussit à écarter du trône Boniface de Montferrat, sympathique aux Génois, et à faire nommer le Vénitien Thomas Morosini premier patriarche latin de Constantinople, en lieu et place du patriarche Jean X Camaterus qui alla trouver refuge à Didymotique.

Innocent III n’avait été consulté ni par les chanoines de Sainte-Sophie nommés par les Vénitiens pour élire le patriarche, ni même consulté sur le choix de Morosini. Réalisant que le but des croisés n’était pas d’aller en Terre sainte, sincèrement choqué par les massacres de chrétiens, schismatiques mais chrétiens tout de même, il commença par déclarer la nomination de Morosini nulle et non avenue avant de nommer lui-même Morosini patriarche et d’exiger que Rome nomme ses successeurs.

Plusieurs problèmes se posaient au niveau ecclésiastique. La création des États latins et l’arrivée massive de gens venus d’Europe exigeaient la création d’une Église latine avec sa hiérarchie et ses clercs pour s’occuper de ces gens qui ne parlaient pas le grec.

Par ailleurs, il existait déjà une hiérarchie grecque s’occupant de la population locale.

L’Église grecque ne pouvait ni être simplement abolie, ni latinisée.

Innocent III ordonna que la hiérarchie grecque puisse exister comme par le passé pourvu qu’elle reconnaisse la suprématie de Rome et inscrive le nom du pape et du patriarche latin de Constantinople dans ses diptyques.

C’était trop demander à la plupart des évêques grecs qui prirent le chemin de l’exil et allèrent se réfugier dans les États successeurs d’Épire, de Trébizonde ou de Nicée.

Une dernière chance de réunir les deux Églises se présenta en 1206 lors de la mort à Didymotique du patriarche Jean X Camaterus.

Les évêques demeurés dans le nouvel empire latin se réunirent et écrivirent une lettre au pape offrant d’accepter la suprématie de Rome et de reconnaître le pape comme treizième apôtre à la condition qu’eux-mêmes puissent avoir leur propre patriarche qui partagerait leur langue, leurs coutumes et leurs traditions.

Un concile serait ensuite convoqué pour discuter des différences entre les deux Églises.

Aucune suite ne fut donnée à leur demande, le pape estimant sans doute qu’elle conduirait à reconnaitre la lignée patriarcale grecque comme étant la lignée légitime et apostolique alors que la lignée latine serait considérée comme intruse.

Un ultime effort fut fait par Jean III Doukas Vatatzes (né vers 1192, empereur de 1221 à 1254), empereur de Nicée, en 1234.

Il incita son patriarche, Germanus II, à écrire au pape pour l’inviter à envoyer des représentants à la cour de Nicée.

Rome envoya deux moines dominicains et deux franciscains. Les Grecs qui espéraient plutôt un concile général étaient semble-t-il prêts à accepter que l’usage latin de pain sans levain pour l’eucharistie n’était pas condamnable, mais exigeaient l’omission du Filioque du Credo.

Pour leur part, les moines exigèrent d’entrée de jeu la soumission des Grecs à l’autorité pontificale de Rome.

Le ton s’échauffa rapidement et bientôt les deux parties se séparèrent en s’accusant mutuellement d’être hérétiques, terme employé dans le même sens que celui de schismatiques.

Dès lors, plus personne ne pouvait douter qu’il existait bien un schisme entre les Églises chrétiennes d’Orient et d’Occident.

Dès lors, une vision péjorative de l’« autre chrétienté », qualifiée de « schismatique », se diffuse dans chacune des églises, d’Orient et d’Occident.

En Orient, les « Latins », aussi appelés « Francs », sont décrits par de nombreux auteurs grecs comme Anne Comnène, Georges Cédrène, Nicétas Choniatès ou Jean Skylitzès comme hérétiques, barbares, malodorants, brutaux, rapaces, arrogants : ils inspireront toute une historiographie empreinte d’anti-occidentalisme, qui influencera en partie le panslavisme et encore plus le slavophilisme.

On retrouve cette perception négative non seulement dans les positions anti-européennes de divers mouvements grecs ou des gouvernements russes post-soviétiques, mais plus profondément chez des auteurs comme Alexandre Soljénitsyne qui voit l’Occident comme amoral et matérialiste.

En Occident, symétriquement, la Grèce et les Grecs étaient jadis objet de suspicion, mépris voire dégoût.

Paul Tannery relie cela à la réécriture, par les clercs d’Occident, de l’histoire du christianisme, qui tend à rejeter la responsabilité du schisme sur les seuls « Grecs », à présenter l’église de Rome comme seule héritière légitime de l’Église primitive et à rendre acceptables d’une part le sac de Constantinople par la quatrième croisade et d’autre part le fait qu’après avoir quitté la Pentarchie, Rome s’en soit éloignée théologiquement et canoniquement au fil des 14 conciles qui lui sont propres.

De son côté, l’historien allemand Hieronymus Wolf réécrit, lui, l’histoire romaine en lançant l’appellation et le concept d’« Empire byzantin » en 1557, pour séparer l’histoire de l’Empire romain d’Orient, présenté de manière péjorative, de celle de l’empire d’Occident, revendiqué comme « matrice de l’Europe occidentale ».